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MOREAU JEANNE (1928-2017)

Peu d'actrices ont eu à leur disposition autant d'instruments dont elles peuvent jouer successivement ou simultanément, et qui expliquent la carrière multiforme de Jeanne Moreau. D'abord, une voix. Rien d'étonnant à ce que Jeanne Moreau rencontre un de ses premiers succès au cinéma sous la direction d'un homme de théâtre, Peter Brook, dans l'adaptation d'un texte de Marguerite Duras, Moderato Cantabile (1960). Certaines de ses prestations marqueront d'ailleurs l'histoire du théâtre contemporain (La Chevauchée sur le lac de Constance, de Peter Handke, 1974 ; Le Récit de la servante Zerline, d'après Hermann Broch, 1986). La chanson va donner à cette voix, parfois âpre et rocailleuse, d'autres fois cristalline et pourtant pleine, le moyen de se déployer avec le disque Le Jardin qui bascule (1974), dont elle écrit elle-même les chansons.

Jeanne Moreau

Jeanne Moreau

Jeanne Moreau, c'est aussi un regard, capable d'exprimer et de susciter le désir le plus profond tout en imposant avec gravité la distance d'une souveraineté absolue (Eva, Joseph Losey, 1962 ; La Baie des anges, Jacques Demy, 1962 ; Le Journal d'une femme de chambre, Luis Buñuel, 1964 ; Mademoiselle, Tony Richardson, 1965...). Jeanne Moreau, c'est encore une démarche particulière, faite d'un port altier et d'une allure décidée, alliés à une fragilité, constante, proche du déséquilibre (Ascenseur pour l'échafaud, Louis Malle, 1958 ; La Nuit, Michelangelo Antonioni, 1960 ; Le Pas suspendu de la cigogne, Theo Angepoulos, 1991...). Et puis une bouche sensuelle, gourmande de l'amour comme de la vie, et un rire lumineux qui éclate comme un défi solaire (Jules et Jim, François Truffaut, 1962 ; Peau de banane, Marcel Ophüls, 1963 ; Viva Maria !, Louis Malle, 1964). À propos du rôle de Catherine dans Jules et Jim (1962), François Truffaut insistait justement sur ce qui distingue radicalement Jeanne Moreau de toutes les actrices françaises de sa génération comme de celles qui l'ont précédée : « Parmi les femmes qui ont un nom dans le cinéma, elle était la seule à être capable de jouer un rôle qui demandait tant d'autorité et d'humilité à la fois. [...] Il y a en effet des choses qui doivent être dites avec force pour intimider le public de cinéma. »

Rupture et affirmation

Jeanne Moreau est née le 23 janvier 1928 à Paris. Après une enfance passée à Vichy, elle retrouve son père, qui tient un restaurant nocturne à Paris avec sa mère, ex-danseuse venue du Lancashire. Malgré l'interdiction paternelle d'approcher le monde du spectacle, Jeanne Moreau, alors au lycée Edgar-Quinet, est fascinée par Yvonne Printemps et Pierre Fresnay comme par La Bête humaine, de Jean Renoir (1938). Une représentation d'Antigone, de Jean Anouilh, la décide à franchir le pas : avant d'entrer au Conservatoire en 1946 comme auditrice libre, elle participe aux débuts de Jean Vilar en Avignon. Pour vivre, elle fait de la radio et apparaît dans Dernier Amour (Jean Stelli, 1949).

Le cinéma ne lui offre d'abord que des rôles secondaires de garce (Touchez pas au grisbi ; Les Intrigantes) ou de danseuse plus ou moins prostituée (M’sieur La Caille ; Jusqu’au dernier). Elle est appréciée dans le rôle-titre de La Reine Margot (Jean Dréville, 1954), avec son regard à la fois hautain et ensorceleur. Tout cela est sans commune mesure avec ce que le théâtre lui apporte, même dans de petits rôles à la Comédie-Française (1947-1951), puis au TNP en 1951-1952, avec Jean Vilar et Gérard Philipe, dans les représentations restées mythiques du Prince de Hombourg et du Cid. En toute indépendance ensuite, elle interprète brillamment La Machine infernale de Jean Cocteau, dans une mise en scène de l’auteur, et Pygmalion de George Bernard Shaw, monté par Jean Marais.

C'est à Louis Malle que l'on doit la vraie[...]

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Écrit par

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Jeanne Moreau

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Autres références

  • DAHO ÉTIENNE (1956- )

    • Écrit par Universalis, Sabrina SILAMO
    • 1 106 mots
    • 1 média
    Au début des années 2010, Daho interprète en duo avec Jeanne MoreauLe Condamné à mort (2010),de Jean Genet. Il se consacre également à la réalisation de Places, le premier album de Lou Doillon, avant de publier Les Chansons de l'innocence retrouvée. Enregistré en 2013 dans les mythiques...

Voir aussi