MOREAU JEANNE (1928-2017)

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Jeanne Moreau

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Jeanne Moreau

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« Une nietzschéenne »

De film en film, ce passage inéluctable des mois, des saisons, des années marque de plus en plus nettement ses personnages. Déjà, pour la Jackie de La Baie des Anges, le jeu était une manière de se jeter dans l'instant pour oublier cette vie qui s'écoule à côté, espère-t-on, de nous. Le « rien ne va plus... » du croupier scandait l'évolution de Jeanne/Jackie sans engendrer, semblait-il, de désespoir. Pour l'historienne féministe Molly Haskell, Jeanne Moreau « vit et son visage le montre, alors que d'autres actrices s'embaument ». Refusant les artifices, elle expose, avec l'insolence d'une « femme nietzschéenne », une beauté dans toute sa vérité. Une vérité qui rejoint celle que sa complice Marguerite Duras met à vif dans son écriture, que ce soit au travers d'un personnage romanesque (dans Le Marin de Gibraltar de Tony Richardson, 1967), sous la caméra de Duras elle-même (Nathalie Granger, 1973), ou en interprétant la romancière devenue personnage (Cet amour-là, de Josée Dayan, 2001).

Il lui arrive de jouer la femme fatale, l’« ange de la mort », dans La mariée était en noir, de François Truffaut (1967) par exemple... Jeanne Moreau tend au mythe, comme l'ont bien compris deux grands créateurs. Déjà, dans Falstaff (1966), le héros (Orson Welles lui-même) lançait à la ribaude Dolly (Jeanne Moreau) : « Quand je ne serai plus de ce monde, tu m'oublieras. » Dans Une histoire immortelle (1968), Jeanne devrait être pour le vieux Clay, là encore interprété par Welles, l’instrument qui lui permettrait de donner corps à une légende qui prolongerait sa vie au-delà de la mort. Mais, comme dans Jules et Jim, la statue se fait chair et femme, ruinant tout projet d'éternité. Dans l'un des sketches du Petit Théâtre de Jean Renoir (1971), malgré sa robe et un décor 1900, Jeanne Moreau n’est plus la chanteuse de caf’conc’, mais La Femme, Le Spectacle, Le Théâtre. Mythe éternel ? Non, une femme, comme la Catherine de Jules et Jim, où « chacun pour soi est reparti dans le tourbillon de la vie », tourbillon auquel font écho les paroles de la célèbre valse Quand l’amour meurt, qu’interprète Jeanne Moreau pour ce Petit Théâtre, ultime film de Renoir : « Pourquoi pleurer les jours enfuis ? […]  Pourtant, parmi les feuilles mortes/ On cherche encore s'il reste un peu d'amour… »

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Jeanne Moreau, dans La mariée était en noir (1968) de François Truffaut (1932-1984). 

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  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

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  • Sabrina SILAMO
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Pour citer l’article

Joël MAGNY, « MOREAU JEANNE - (1928-2017) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 octobre 2017. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/jeanne-moreau/