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LAPLANCHE JEAN (1924-2012)

Psychanalyste et universitaire français, Jean Laplanche a consacré une grande partie de sa vie à la transmission des théories psychanalytiques, notamment en dirigeant la publication des Œuvres complètes de Freud aux Presses universitaires de France (P.U.F.). Son œuvre théorique revisite certains concepts freudiens (théorie de la séduction), que le fondateur de la psychanalyse avait abandonnés. Elle en critique d'autres, Laplanche n'hésitant pas à dire de l'œuvre de Freud qu'elle est à la fois géniale et « fourvoyée ». Jusqu'en 2003, Jean Laplanche fut aussi viticulteur-propriétaire du célèbre château de Pommard, qu'il avait hérité de son père.

Né le 21 juin 1924 à Paris, d'un père viticulteur bourguignon et d'une mère champenoise, Jean Laplanche fait ses études secondaires à Beaune, en Bourgogne. Son adolescence et sa jeunesse sont marquées par l'engagement : à l'Action catholique, dans la Résistance et, en 1948, à Socialisme et Barbarie (la revue marxiste antistalinienne de Claude Lefort et Cornélius Castoriadis). La formation de Jean Laplanche est à la fois littéraire et médicale. Il passe par l'École normale supérieure de la rue d'Ulm (1944-1945), Harvard (1946-1947), l'agrégation de philosophie (1950), le doctorat ès lettres (1970). Jacques Lacan, avec qui il est en analyse, le pousse à faire des études de médecine. De 1955 à 1959, il est interne en psychiatrie. En 1959, il soutient sa thèse de médecine sur Hölderlin et la question du père (1959).

Jean Laplanche consacre ensuite l'essentiel de son temps à la psychanalyse, à la recherche et à l'enseignement universitaire – ainsi que, de 1965 à 2003, à l'exploitation du domaine familial de Pommard. Il commence à enseigner à la Sorbonne au début des années 1960. Directeur de l'Unité d'enseignement et de recherche de sciences humaines cliniques de l'université de Paris-VII de 1969 à 1970, fondateur et directeur du Centre de recherche en psychanalyse et psychopathologie de Paris-VII à partir de 1970, il crée la revue Psychanalyse à l'université en 1975. Après avoir rompu avec Lacan, il participe à la fondation de l'Association psychanalytique de France, dont il est vice-président (1966-1967), puis président (1969-1971). Secrétaire (1961), puis directeur (à partir de 1973) de la collection Bibliothèque de psychanalyse aux P.U.F., il dirige pendant vingt ans la traduction des Œuvres complètes de Freud, traduction qu'il voulait « extrêmement fidèle, en même temps qu'elle essaye d'être bien française, au mot pour mot y compris aux impropriétés, aux erreurs, aux achoppements de Freud lui-même » (conférence à la faculté de médecine de Louvain-en-Woluwé, 2006).

Son œuvre s'inscrit d'ailleurs elle aussi sous le signe de la traduction. Tout en reprochant à Freud certaines de ses approches « biologisantes » et, en conséquence, « fourvoyantes », il reprend à son compte la théorie de la séduction que Freud avait abandonnée (celui-ci avait d'abord considéré que ses patientes hystériques avaient été victimes, pendant leur enfance, d'une « séduction » de la part d'un adulte). Dans sa « théorie de la séduction généralisée », qu'il expose dans les Nouveaux Fondements pour la psychanalyse (P.U.F., 1987), Jean Laplanche considère que l'enfant construit son inconscient et sa sexualité en recevant, et en « traduisant », les messages inconscients des autres, les adultes qui l'élèvent. «  Cet autre [...] pour sa part, n'est pas aussi simple que l'attachement voudrait le croire : c'est un autre „compromis“ par son propre inconscient, par son „autre“ interne peut-on dire, de sorte que les messages qu'il envoie sont des messages eux-mêmes compromis » (Le Fourvoiement biologisant[...]

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Écrit par

  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • AUTRE, psychanalyse

    • Écrit par Alexandre ABENSOUR
    • 1 306 mots

    Le débat philosophique sur autrui est inséparable de la question du primat de la conscience : comment expliquer l'existence d'une autre conscience, sous quelles modalités la rencontrer ?

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  • LES CHAÎNES D'ÉROS. ACTUALITÉ DU SEXUEL (A. Green) - Fiche de lecture

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    La psychanalyse naît avec un déplacement opéré par Freud dans la notion de sexualité, que traduisent l'abandon de la théorie de la séduction pour celle du fantasme et l'introduction du complexe d'Œdipe. Le sexuel ne fait plus, dès lors, une irruption accidentelle dans la vie du ...

  • PONTALIS JEAN-BERTRAND (1924-2013)

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    « Être pris pour un psychanalyste, c’est là quelque chose d’inévitable, mais se prendre pour un psychanalyste, c’est le commencement de l’imposture. » ; « Une théorie psychanalytique qui prétendrait se suffire à elle-même – la suffisance théorique : boucler la boucle – serait par nature inadéquate...

  • PSYCHANALYSE & CONCEPT D'OPPOSITION

    • Écrit par Émile JALLEY
    • 14 048 mots
    ...sadisme-masochisme et voyeurisme-exhibitionnisme, non plus seulement dans une perspective phénoménologique, comme dans les Trois Essais, mais dans le cadre de ce que Jean Laplanche a proposé d'appeler une « genèse idéale », sous la forme d'une « dialectique interne », des deux couples de pulsions perverses. Cette ...

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