CHÂTEAUX

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Jusqu'au xixe siècle, on a construit des châteaux en Europe occidentale et surtout en France. Ce pays en possède une quantité et une variété encore extraordinaires malgré l'ampleur des destructions. Le phénomène est d'importance et intéresse l'histoire de l'architecture domestique, de la société, de l'économie du monde rural, du paysage.

Nous envisagerons ici la « grande demeure » traditionnelle établie à la campagne. Pour ce type de bâtiments, la seule classification essentielle repose sur la distinction entre demeure fortifiée et demeure des champs. Le terme de « château » désigne sans ambiguïté le château fort, c'est-à-dire la demeure d'un seigneur qui a le privilège juridiquement concédé d'élever tours et donjons. Hormis ces deux éléments, toute maison a le droit de posséder des défenses, mais elle sera distinguée du château fort : ce sera une maison-forte. Cette typologie est fondée sur des arguments archivistiques confirmés par des travaux archéologiques, comme les études sur les mottes et les plates-formes du haut Moyen Âge . La dualité se maintient tant que l'appareil défensif complet garde son efficacité, ou, au moins, son prestige.

Sa totale désuétude entraîne rapidement une acception beaucoup plus large du terme. Le château désigne alors toute demeure de plaisance dont l'aspect architectural tranche sur l'habitat ordinaire. Le Dictionnaire de Trévoux (1771) donne une définition qui englobe quatre catégories de demeures, résumant ainsi l'évolution de la place forte à la résidence moderne. D'abord : « la place fortifiée par art ou par nature pour tenir les peuples dans le devoir ; espèce de petite citadelle entourée de fossés ou de gros murs », puis « l'hôtel où demeure le seigneur et où l'on vient lui rendre hommage [...] bâti en manière de forteresse avec fossés et pont-levis », « une maison sans défense où les fossés ne servent plus que d'ornement » et une « maison de plaisance quand elle est bâtie magnifiquement ». Dans les trois premiers cas, les caractéristiques architecturales sont facilement identifiables. Dans la dernière définition, seule compte la notion subjective de magnificence due à la situation géographique et à l'invention architecturale. L'appréciation de la qualité castrale de la demeure dépend alors du degré de rigueur ou de la volonté de flatterie du recenseur. Certains traits, cependant, permettent d'identifier un château : une distribution intérieure comportant une grande salle, une galerie, un escalier monumental, une chapelle, une organisation extérieure où l'on peut dénombrer un corps de logis principal, des ailes, des tours ou des pavillons, des cours et des successions de cours, des parterres se prolongeant par des bosquets, des pièces d'eau, des canaux jusqu'aux murs de clôture et, proche de la maison, un ensemble d'exploitation composé d'une ferme avec colombier, étables et pressoir, le tout annoncé par un réseau d'avenues tracées dans la campagne environnante. Ces différents éléments ne sont pas contemporains : la galerie est très caractéristique de la grande demeure rurale du xve au xviie siècle, le plan en U ne se prolonge pas au-delà du début du xviiie siècle, et à la fin du xviiie siècle on donne au jardin une configuration particulière. Mais le lent processus de renouvellement du château par des campagnes successives de reconstructions partielles — si caractéristiques de la majorité des demeures françaises — explique la présence de ces différents éléments dans la plupart des grandes demeures rurales.

Château de Versailles en 1668

Photographie : Château de Versailles en 1668

Le château de Versailles en 1668 : l'ancien rendez-vous de chasse de Louis XIII a commencé sa mue. Huile sur toile de Pierre Patel (1605-1676), château de Versailles 

Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

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À côté de ces essais de stricte classification des dictionnaires, les textes des chroniqueurs et même des théoriciens (Du Cerceau, Pierre de l'Étoile, Félibien...) montrent une très grande liberté dans l'usage des vocables descriptifs. Le seul terme qui n'est jamais indifféremment utilisé est celui de « manoir ». Il possède une définition juridique que donne en 1771 le Dictionnaire de Trévoux : « En terme de palais, manoir se dit encore d'un certain lieu fixe et distingué où un homme est présumé faire sa demeure et où l'on va pour rendre les hommages et devoirs qu'on doit rendre au domicile. Ainsi, il faut se présenter au manoir seigneurial pour y faire la foi et hommage, y faire signifier son aveu et dénombrement. Un aîné partageant noblement doit avoir par préciput le principal manoir. » Emploi que confirment les documents d'archives. Jusqu'aux années 1780, l'expression « manoir seigneurial » ou « principal manoir » se rencontre constamment dans les actes notariés, avec cette seule acception, mais n'apparaît ni dans les descriptions ni dans le langage des géographes.

Dessin d'architecture idéale, J. Androuet du Cerceau

Photographie : Dessin d'architecture idéale, J. Androuet du Cerceau

Androuet du Cerceau, Dessin d'architecture idéale, vers 1565-1575. Encre noire, lavis gris, aquarelle, papier vélin, 51,2 cm × 75 cm. British Museum, Londres. Pour son recueil de dessins sur vélin Bastiments à plaisir, Androuet du Cerceau imagine des bâtiments destinés à servir de... 

Crédits : British Museum, Londres

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Au début du xixe siècle, le mot « manoir » apparaît avec le sens de « petit château, petite maison ancienne, de style, surtout à la campagne » (Gradus français). On ne peut pas ne pas voir dans cet usage nouveau la manifestation d'une volonté de restauration d'un état social ancien, par l'introduction d'un « palier » social permettant à des personnes qui n'ont pas la chance de posséder un château, ni l'audace de baptiser « château » leur demeure, de se flatter d'un niveau intermédiaire. Vers 1850, cet usage est si répandu que Viollet-le-Duc se doit d'y consacrer une quinzaine de pages, dans son Dictionnaire, sans pouvoir finalement dégager aucun type architectural correspondant au terme de « manoir ». Cette consécration du terme « manoir » dans le sens de « petit château » a provoqué le gonflement des statistiques monumentales de la fin du xixe siècle.

La notion de « manoir », n'ayant pas de fondement historique du point de vue de l'architecture, ne peut que répondre à une certaine hiérarchie des masses architecturales et au traitement de l'environnement. Ce n'est pas que le mot « château » ne recouvre que des édifices de grande taille ; il concerne l'intention architecturale, la conception du plan, le traitement des volumes et l'ingéniosité de l'aménagement du site. En dehors de régions particulièrement privilégiées par les créations d'une école artistique florissante — comme le Val de Loire — ou par les commandes nombreuses de quantité de familles très puissantes — comme l'Île-de-France —, l'appréciation du terme « château » ou « manoir » est fonction de la relative rareté de grands édifices dans le voisinage.

On a la plus grande difficulté à définir ce qui n'est plus un château. Recourir, comme l'usage l'autorise aujourd'hui, au terme de « manoir », c'est repousser la limite à partir de laquelle un édifice est simplement une maison ou une ferme. Le problème de la définition de ce seuil a conduit des entreprises scientifiques comme L'Inventaire général des monuments et richesses artistiques de la France à rejeter tout classement détaillé pour ne conserver que le terme de demeure. Retour prudent à l'usage ancien qui pouvait désigner indifféremment le château royal ou la ferme par le même mot de « maison ». La suite de la définition redonne à la question toute sa complexité en précisant que l'étude des trois variables : dimension, [...]

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Château de Versailles en 1668

Château de Versailles en 1668
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Dessin d'architecture idéale, J. Androuet du Cerceau

Dessin d'architecture idéale, J. Androuet du Cerceau
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  • : Centre de recherche de l'histoire de l'architecture moderne

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Pour citer l’article

 C.R.H.A.M., « CHÂTEAUX », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chateaux/