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CHÂTEAUX

Château de Maintenon - crédits : Patrick/ Flickr ; CC BY-SA 2.0

Château de Maintenon

Jusqu'au xixe siècle, on a construit des châteaux en Europe occidentale et surtout en France. Ce pays en possède une quantité et une variété encore extraordinaires malgré l'ampleur des destructions. Le phénomène est d'importance et intéresse l'histoire de l'architecture domestique, de la société, de l'économie du monde rural, du paysage.

Nous envisagerons ici la « grande demeure » traditionnelle établie à la campagne. Pour ce type de bâtiments, la seule classification essentielle repose sur la distinction entre demeure fortifiée et demeure des champs. Le terme de « château » désigne sans ambiguïté le château fort, c'est-à-dire la demeure d'un seigneur qui a le privilège juridiquement concédé d'élever tours et donjons. Hormis ces deux éléments, toute maison a le droit de posséder des défenses, mais elle sera distinguée du château fort : ce sera une maison-forte. Cette typologie est fondée sur des arguments archivistiques confirmés par des travaux archéologiques, comme les études sur les mottes et les plates-formes du haut Moyen Âge . La dualité se maintient tant que l'appareil défensif complet garde son efficacité, ou, au moins, son prestige.

Château de Versailles en 1668 - crédits : Peter Willi/  Bridgeman Images

Château de Versailles en 1668

Sa totale désuétude entraîne rapidement une acception beaucoup plus large du terme. Le château désigne alors toute demeure de plaisance dont l'aspect architectural tranche sur l'habitat ordinaire. Le Dictionnaire de Trévoux (1771) donne une définition qui englobe quatre catégories de demeures, résumant ainsi l'évolution de la place forte à la résidence moderne. D'abord : « la place fortifiée par art ou par nature pour tenir les peuples dans le devoir ; espèce de petite citadelle entourée de fossés ou de gros murs », puis « l'hôtel où demeure le seigneur et où l'on vient lui rendre hommage [...] bâti en manière de forteresse avec fossés et pont-levis », « une maison sans défense où les fossés ne servent plus que d'ornement » et une « maison de plaisance quand elle est bâtie magnifiquement ». Dans les trois premiers cas, les caractéristiques architecturales sont facilement identifiables. Dans la dernière définition, seule compte la notion subjective de magnificence due à la situation géographique et à l'invention architecturale. L'appréciation de la qualité castrale de la demeure dépend alors du degré de rigueur ou de la volonté de flatterie du recenseur. Certains traits, cependant, permettent d'identifier un château : une distribution intérieure comportant une grande salle, une galerie, un escalier monumental, une chapelle, une organisation extérieure où l'on peut dénombrer un corps de logis principal, des ailes, des tours ou des pavillons, des cours et des successions de cours, des parterres se prolongeant par des bosquets, des pièces d'eau, des canaux jusqu'aux murs de clôture et, proche de la maison, un ensemble d'exploitation composé d'une ferme avec colombier, étables et pressoir, le tout annoncé par un réseau d'avenues tracées dans la campagne environnante. Ces différents éléments ne sont pas contemporains : la galerie est très caractéristique de la grande demeure rurale du xve au xviie siècle, le plan en U ne se prolonge pas au-delà du début du xviiie siècle, et à la fin du xviiie siècle on donne au jardin une configuration particulière. Mais le lent processus de renouvellement du château par des campagnes successives de reconstructions partielles — si caractéristiques de la majorité des demeures françaises — explique la présence de ces différents éléments dans la plupart des grandes demeures rurales.

<it>Dessin d'architecture idéale</it>, J. Androuet du Cerceau - crédits : British Museum, Londres

Dessin d'architecture idéale, J. Androuet du Cerceau

À côté de ces essais de stricte classification des dictionnaires, les textes des chroniqueurs et même des théoriciens (Du Cerceau, Pierre de l'Étoile, Félibien...) montrent une très grande liberté dans l'usage des[...]

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Écrit par

  • : Centre de recherche de l'histoire de l'architecture moderne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Château de Maintenon - crédits : Patrick/ Flickr ; CC BY-SA 2.0

Château de Maintenon

Château de Versailles en 1668 - crédits : Peter Willi/  Bridgeman Images

Château de Versailles en 1668

<it>Dessin d'architecture idéale</it>, J. Androuet du Cerceau - crédits : British Museum, Londres

Dessin d'architecture idéale, J. Androuet du Cerceau

Autres références

  • ARCHITECTURE (Matériaux et techniques) - Brique et pierre

    • Écrit par Josiane SARTRE
    • 4 575 mots
    • 2 médias
    15 28 marque une rupture dans l'histoire de l'architecture polychrome française.À cette date commençaient à Fontainebleau les travaux de l'aile septentrionale de la cour du Cheval blanc : murs de pierre non appareillée couverts d'un enduit et ossature de brique, parti inverse du « brique et pierre...
  • BLOIS CHÂTEAU DE

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    • 1 220 mots
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    Résidence princière, puis royale, notamment sous les Valois, le château de Blois, resté à ce titre dans les mémoires pour divers épisodes majeurs de l'histoire de France comme l'assassinat du duc de Guise en 1588, est aussi l'un des monuments où se traduit le mieux l'évolution des différents styles...

  • BLONDEL JACQUES-FRANÇOIS (1705-1774)

    • Écrit par Michel GALLET
    • 3 057 mots
    ...Rouillé. La même année 1737 paraît son premier ouvrage, Traité d'architecture dans le goût moderne, ou De la décoration des maisons de plaisance. Par maisons de plaisance, il faut entendre les châteaux, dont Blondel donne plusieurs projets. Les principes énoncés par cet architecte de trente-deux...
  • BULLANT JEAN (1520 env.-1578)

    • Écrit par Yves PAUWELS
    • 954 mots
    • 1 média

    À la Renaissance, Jean Bullant est, avec Philibert Delorme et Pierre Lescot, le troisième acteur de l'introduction en France des formes classiques. Issu d'une famille de maçons, il se forma au langage de l'architecture à l'antique grâce à la lecture du Quarto Libro...

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