DORIOT JACQUES (1898-1945)

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Issu d'une modeste famille de l'Oise, ouvrier métallurgiste de Saint-Denis, Jacques Doriot adhère très jeune à la S.F.I.O. En 1920, il rallie la IIIe Internationale. Remplaçant par hasard un délégué malade, il devient suppléant au comité central des Jeunesses communistes ; c'est le début d'une belle carrière au sein du Parti communiste : il représente, pour la France, les Jeunesses communistes au IIe congrès mondial à Moscou en juin 1921 ; dès 1922, il est secrétaire des Jeunesses internationales et, à ce titre, membre de l'exécutif du Komintern. Il réside pendant dix-huit mois à Moscou puis entre au comité central du P.C.F. durant l'été de 1923. Il publie coup sur coup deux pamphlets très violents, Entre deux guerres (1923) et L'Armée et la défense du capitalisme (1924) qui lui valent la prison. Mais, durant son emprisonnement, il est élu député de Saint-Denis aux élections du 11 mai 1924 et aussitôt libéré. Intervenant avec une grande véhémence contre le plan Dawes, l'occupation de la Ruhr, la guerre du Rif, Doriot devient l'enfant terrible du Parlement et la cible préférée de la droite. Ses premiers heurts avec Moscou datent de 1929 : au VIe congrès du P.C.F., il est accusé à la fois de droitisme et d'avoir voulu se rapprocher des socialistes. Il fait alors son autocritique. Des efforts systématiques lui permettent de renforcer encore sa position à Saint-Denis, dont il devient maire en 1931. Se sentant sûr de lui, Doriot entre en conflit avec Maurice Thorez en réclamant, à partir de mai 1933, le front commun au sommet et à la base avec la S.F.I.O. Il participe seul à la manifestation du 9 février 1934 qui répond aux émeutes du 6 février et surtout crée à Saint-Denis un Comité d'unité d'action avec les responsables socialistes locaux. L'Humanité lui reproche de discuter publiquement la ligne du parti. La rupture est consommée par la démission de Doriot de son poste de maire le 9 avril et, le 11, sa lettre ouverte à l'Internationale communiste. Réélu le 6 mai, il refuse de se rendre à Moscou. Le 23 juin, il est exclu du Parti communiste. Devant la formation du Front populaire, qu'il avait souhaitée le premier, Doriot est embarrassé. En effet, il espérait se tailler une place sur le champ politique entre le P.C.F. et la S.F.I.O. ; le Front populaire lui ferme cette perspective. Dès lors, l'anticommunisme effréné dont il fait le point fondamental de sa propagande va accélérer une évolution qui le mène à l'autre bord de l'arène politique.

Doriot prend parti en février 1936 contre le rapprochement franco-soviétique puis, après sa réélection en 1936, contre le Front populaire espagnol et les menaces de guerre. Il sera ardemment munichois. Auparavant, il a connu son premier échec électoral lorsque, révoqué de ses fonctions de maire par le gouvernement Léon Blum, il est battu en juin 1937, dans son fief, par un communiste orthodoxe, F. Grenier. En 1936, il fonde le Parti populaire français qui connaît un certain succès, sans atteindre assurément les 300 000 adhérents revendiqués : il attire d'anciens communistes (Henri Barbé, Paul Marion) et des intellectuels (Drieu La Rochelle, A. Fabre-Luce). Doriot apparaît alors comme le seul dirigeant politique français en mesure de rassembler la droite autoritaire. Mais son Front unique anticommuniste est un échec, et les industriels qui l'avaient soutenu lui retirent leur appui. Après la défaite, Doriot se prononce pour la collaboration avec l'Allemagne et condamne les réticences du gouvernement de Vichy. Intime de l'ambassadeur allemand Abetz, il fonde avec Marcel Déat la Légion des volontaires français contre le bolchevisme et, en septembre 1941, part comme lieutenant sur le front oriental, tandis que le P.P.F. lutte contre la Résistance. En 1944, il se retire en Allemagne et participe au « gouvernement » de Sigmaringen. En février 1945, il meurt, sous l'uniforme allemand, mitraillé par un avion allié. Il est difficile de porter un jugement mesuré sur cette carrière excessive à tous égards.

Son tempérament puissant, ses qualités de tribun, d'agitateur et d'organisateur en avaient fait le dirigeant le plus populaire du P.C.F. Il se servit de cette popularité pour développer, depuis sa base de Saint-Denis, un culte autour de sa personne. Après sa rupture avec le Parti communiste, il put donner libre cours à sa volonté de puissance qui devait le mener au fascisme et, durant la guerre, aux formes les plus extrêmes de la collaboration.

—  Guy ROSSI-LANDI

Écrit par :

  • : docteur ès sciences politiques, maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris

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Guy ROSSI-LANDI, « DORIOT JACQUES - (1898-1945) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-doriot/