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JEUNE FRANCE GROUPE, musique

Les années qui ont suivi la Première Guerre mondiale ont vu la plupart des compositeurs réagir contre les courants esthétiques qui avaient marqué la fin du xixe siècle et le début du xxe, essentiellement contre le wagnérisme et l'impressionnisme. Chacun à leur façon, Stravinski, Satie, le groupe des Six, Prokofiev ou Hindemith donnent alors naissance à une musique dépouillée de toute émotion qui allait engendrer, à son tour, une réaction inverse. Celle-ci voit le jour en 1935, lorsque Yves Baudrier assiste à la création des Offrandes oubliées de Messiaen. Un an plus tard, le 3 juin 1936, le premier concert de la Jeune France réunissait, sous la direction de Roger Désormière, des œuvres de ses quatre membres, Olivier Messiaen (1908-1992), Daniel-Lesur (1908-2002), Yves Baudrier (1906-1988) et André Jolivet (1905-1974). Patronné par Paul Valéry, François Mauriac et Georges Duhamel, le nouveau groupe n'avait pas de véritable maître, comme Jean Cocteau pour les Six ou Satie pour l'école d'Arcueil. D'emblée, l'accueil est favorable. Le manifeste, dont Baudrier est l'auteur, situait les objectifs du groupe : « Les conditions de la vie devenant de plus en plus dures et impersonnelles, la musique se doit d'apporter sans répit à ceux qui l'aiment sa violence spirituelle et ses réactions généreuses. Groupement amical de quatre jeunes compositeurs français, [...] la Jeune France reprend le titre qu'illustra autrefois Berlioz et se propose la diffusion d'œuvres jeunes, aussi éloignées d'un poncif académique que d'un poncif révolutionnaire. Les tendances de ce groupement seront diverses ; elles s'uniront pour susciter et propager une musique vivante dans un même élan de sincérité, de générosité, de conscience artistique. »

Mais, pour chacun des quatre jeunes musiciens, l'union ne devait pas constituer une entrave à l'indépendance des carrières individuelles. Ils avaient en commun un esprit d'une sincérité absolue et étaient motivés par la nécessité impérative d'un retour à l'humain et aux émotions dans la musique. Cette démarche s'inscrit dans un courant spiritualiste et humaniste et tend à redonner une sincérité et une certaine violence spirituelle à la création musicale. L'ennemi, c'est naturellement le néo-classicisme, l'absence de structures, la raillerie musicale. Debussy bénéficie d'une remise à l'honneur, ainsi que Wagner, par voie de conséquence, puisque les néo-classiques l'avaient condamné.

Le mouvement se veut à la fois romantique (référence à Berlioz oblige) et français. Il est indissociable du contexte historique de l'époque qui voyait les nazis dominer l'Allemagne et préparer la guerre. Les moyens d'action de la Jeune France tourneront essentiellement autour de concerts et d'écrits destinés à favoriser la diffusion de la musique répondant aux nouveaux canons. Outre les œuvres des quatre jeunes musiciens, on relève parmi les compositeurs joués à ces concerts les noms de Marcel Delannoy (1898-1962), Georges Migot (1891-1976), Claude Arrieu (1903-1990), Jean Françaix (1912-1997), Jean-Jacques Grünenwald (1911-1982) et Germaine Tailleferre (1892-1984), qui partageaient l'affiche de la soirée inaugurale. Les plus prestigieux interprètes de l'époque serviront ces objectifs, notamment Roger Désormière et Ricardo Viñes.

L'approche des quatre fondateurs de la Jeune France s'avérera différente dans la création musicale : Baudrier et Daniel-Lesur se mettront en quête d'une musique humaine permettant de conserver un contact avec le public, Jolivet et Messiaen, dans un premier temps, chercheront un nouveau langage conciliable avec un certain humanisme, avant de revenir, après la guerre, à une communication plus directe. Le groupe s'impose vite : il participe à l'Exposition universelle[...]

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Écrit par

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

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