ORGUE

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Premier en date des instruments mécanisés, l'orgue est une machine qui suit, au cours d'une histoire de vingt-trois siècles, le progrès des techniques en matière de soufflerie, d'acoustique, de transmission de mouvements, d'électricité, d'électronique, d'informatique. Cette mécanisation entraîne une qualité particulière du son organal : alors que s'épuise le souffle du flûtiste, que s'éteint la percussion de la timbale, que meurt la vibration de la corde pincée ou frottée, le son du tuyau d'orgue vainc à volonté la durée, égal à lui-même.

Grandes orgues

Dessin : Grandes orgues

 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Orgue de la cathédrale Ely, Cambridge

Photographie : Orgue de la cathédrale Ely, Cambridge

Orgue principal de la cathédrale Ely de Cambridge (Royaume-Uni), construit en 1908. 

Crédits : R. Sturgolewski/ Shutterstock

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Premier instrument naturellement polyphonique, avant le luth ou tous les claviers à cordes, l'orgue a joué un rôle irremplaçable dans l'histoire de la musique occidentale, dont il est, aussi bien par la combinatoire de sa structure mécanique que par ses ressources en matière de multiplication des voix, l'un des instruments caractéristiques. L'organiste, véritable chef de chœur, maîtrise un ensemble complexe de registres, de claviers, de pédales ; son corps, divisé en de multiples actions, demeure toutefois un dans les mouvements qu'il ordonne.

Premier orchestre avant l'orchestre par son plein-jeu inimitable, l'orgue imite cependant les instruments de chaque époque où il vit, non sans modeler leur voix à sa mesure pour qu'ils sonnent, transfigurés, dans un univers sonore régi par ses lois. Trompettes et clairons, bombardes et cromornes, violes de gambe et clarinettes, flûtes et cornets redisent assez les sources de son inspiration.

Premier grand instrument collectif parce que fonctionnel, pendant dix siècles la liturgie chrétienne occidentale l'a privilégié. Il a pénétré au concert surtout depuis la fin du xviiie siècle. Habituellement, l'orgue est pris en charge par une église, un monastère, une chapelle royale ou princière, une municipalité, une région qui, seuls, peuvent engager les frais nécessaires à sa construction dès lors qu'il dépasse certaines dimensions.

Mystérieux pour le profane ignorant de sa facture, inépuisable trésor de recherches pour l'organologue, l'orgue est ordinairement caché derrière un buffet accroché dans la nef des églises, et l'organiste, la plupart du temps invisible, commande à des voix légères ou majestueuses, douces ou fracassantes, à la marche lente ou la plus véloce, dans l'unicité d'une mélodie soliste ou dans la plénitude d'accords somptueux de timbres et de parties.

Du portatif, guide-chant discret à l'esprit mélodique, ou de l'antique hydraule, puissante voix du cirque romain, aux superbes trente-deux-pieds à cinq ou six claviers, en passant par les régales et les positifs d'appartement, rivaux des clavecins, épinettes ou clavicordes, l'orgue définit un genre que divisent des espèces, elles-mêmes riches de toute la diversité individuelle, car, en rigueur, tel un visage, il connaît peu de sosies et, plus que tout autre instrument, il répugne à la production en série.

Du fait de son obéissance aux lois de l'acoustique qu'il reflète structurellement, l'orgue est ouvert aux évolutions esthétiques les plus inattendues. Il demeure lui-même dans le rigide diatonisme à tempérament égal ou inégal, comme dans les souples échelles infratonales, qu'il accepte sans renier ses principes de facture. Le plus traditionnel ou le plus moderne, soufflant un son pâle à la limite de la « neutralité » ou débordant de bruissements harmoniques dans les clusters sur plein-jeu de la musique contemporaine, tel est l'orgue. Le champ esthétique né avec l'hydraulicien Ctésibios d'Alexandrie, au iiie siècle avant J.-C., n'a pas encore atteint les limites de son expansion.

Structure physique

Une description sommaire de l'orgue, véritable microcosme, distinguerait :

– Un corps et un visage, soit le buffet et ses tuyaux de montre (ceux qui sont montrés en façade). Chaque orgue présente ainsi une physionomie propre. Dans l'orgue classique, un simple regard sur la disposition architectonique du buffet laisse souvent deviner la composition probable de l'instrument, car une loi organique préside à sa construction (Werkprinzip). On reconnaît par exemple un huit-pieds, un seize-pieds ou un grand seize-pieds à la hauteur de la montre du grand-orgue. Les organiers utilisent toujours l'ancienne longueur du pied (32 cm environ ; symbole : ′). Le buffet joue aussi un rôle certain comme caisse de résonance et source orientée du son.

– Un système respiratoire, la soufflerie. Le soufflet, alimenté aujourd'hui par l'air provenant d'un ventilateur électrique, porte le vent (d'où le nom de porte-vent donné aux conduits d'alimentation) dans les sommiers (coffres hermétiques qui contiennent l'air sous pression et sur lesquels sont disposés les tuyaux).

– Un système musculaire, transmettant le mouvement du doigt ou du pied de l'organiste, depuis la touche des claviers manuels ou du pédalier jusqu'à la soupape, à l'intérieur du sommier. La transmission mécanique comporte un ensemble articulé, l'abrégé – car « il réduit la longueur du sommier à celle des claviers » (dom Bedos de Celles) –, composé de rouleaux horizontaux et de vergettes verticales ; par ce mécanisme, chaque touche meut directement une soupape placée dans un plan vertical éloigné du sien. Il n'est pas toujours possible en effet de construire une transmission mécanique directement suspendue au-dessus des claviers en bout des touches, même si celle-ci demeure la plus fidèle pour transmettre les moindres inflexions expressives du musicien. Dans la seconde moitié du xixe siècle, de nouveaux systèmes de transmission furent proposés : mécanique avec soufflet Barker, pneumatique-tubulaire, enfin électro-pneumatique, électrique. Tous causent une rupture, établissent un relais dans la transmission et les avantages permis (multiplication sans retenue des jeux, commande à grande distance, augmentation des pressions...) ne pallient pas cet inconvénient (que l'électronique et l'informatique permettent cependant d'atténuer) : l'organiste ne fait plus corps avec son instrument, et les soupapes s'ouvrent et se ferment toujours de la même façon, dépersonnalisant le jeu d'autant.

– Un système nerveux et cérébral, la console. Elle comprend les claviers (habituellement de 56 à 61 notes pour les manuels, d'une trentaine pour le pédalier), les boutons de registres correspondant aux différents timbres (ou jeux), les pédales de combinaison et d'accouplement d'un clavier sur l'autre et de ceux-ci sur le pédalier (tirasses), et, éventuellement, des combinaisons fixes ou libres de registrations préparées à l'avance. Sur les orgues romantiques et modernes, on peut rencontrer une ou plusieurs pédales, commandant l'ouverture des jalousies de la « boîte » dans laquelle sont enfermés les jeux des claviers « expressifs ». L'organiste, assis à la console, compose les timbres, les marie pour équilibrer les plans sonores de même couleu [...]

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Grandes orgues

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Orgue de la cathédrale Ely, Cambridge

Orgue de la cathédrale Ely, Cambridge
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Grandes orgues : exemple sonore (1)

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Progression des tuyaux

Progression des tuyaux
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  • : psychanalyste, membre de la Société de psychanalyse freudienne, musicologue, président de l'Association française de défense de l'orgue ancien

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Pour citer l’article

Pierre-Paul LACAS, « ORGUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/orgue/