CASANOVA GIACOMO (1725-1798)

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Grand aventurier voyageur du xviiie siècle – comme Cagliostro ou le comte de Saint-Germain –, Giacomo Girolamo Casanova, né à Venise, resta toujours attaché à cette ville qui commençait alors son déclin, mais n'en constituait pas moins un merveilleux décor de théâtre peint par Guardi, Longhi, Canaletto, et utilisé comme tel par un autre de ses contemporains, Goldoni. Le théâtre fut d'ailleurs son monde favori : son père, après une vie agitée, était devenu comédien ; sa mère, fille d'un cordonnier, était elle aussi actrice. Le jeune Casanova abandonnera vite la carrière ecclésiastique à laquelle il était destiné pour courir l'Italie, puis l'Europe. À Paris, il connaîtra de près le monde des acteurs, notamment la fameuse Silvia chère à Marivaux. L'attachement qu'il garde pour Venise n'a cependant rien de chauvin ; non seulement la France fut pour lui comme une seconde patrie, mais cet homme, qui voyagea à travers toute l'Europe et pendant toute sa vie, ne manifeste jamais aucune hostilité à l'égard d'aucun peuple. On a dit qu'il aurait pu faire sien ce mot de Stendhal : « La patrie, c'est les plaisirs. » Dans la vie de cet aventurier, les voyages sont indissociables des liaisons amoureuses qu'il noue et dénoue sans trêve au hasard des rencontres – les uns et les autres sont contés dans ses Mémoires, Histoire de ma vie, qu'il commença à rédiger à partir de 1789. Le récit s'interrompt en 1774.

L'Europe galante

Ses voyages conduisent Casanova dans les principales capitales européennes, notamment à Paris, où il fit deux séjours principaux, de 1750 à 1752, puis de 1757 à 1759. Entre les deux, il connut l'un des épisodes les plus célèbres de sa vie : dénoncé pour escroquerie, parasitisme et libertinage, il est enfermé à Venise à la prison des Plombs (le 26 juillet 1755), mais réussit à s'en évader le 1er novembre 1756 avec une grande habileté. Le récit de cette évasion est un grand moment de ses Mémoires. Ses entreprises mêlent toujours la science et l'imposture. Pendant son second séjour à Paris, il obtient l'agrément de financiers, comme Pâris Duverney, et de mathématiciens, comme d'Alembert, pour faire ouvrir des bureaux de loterie ; c'est l'origine de la Loterie royale. Mais ses succès sont éphémères, son caractère instable et de nouvelles aventures le poussent toujours vers un autre lieu. En Pologne, il tue en duel le comte Branicki – épisode qui constitue un autre récit célèbre de ses Mémoires. À Londres, il connaît sa seule défaite en amour et supporte mal les déboires que lui inflige une terrible coquette, la Charpillon. Ses voyages sont caractéristiques du siècle ; indifférent aux paysages, il s'intéresse aux villes et aux hommes célèbres de son temps. Il est de cette époque où Mozart écrivait : « Je vous assure que si l'on ne voyage pas, on n'est vraiment qu'un pauvre individu. » Mais il avait sans doute des raisons plus précises de voyager, qui peuvent expliquer aussi comment il en avait les moyens ; on pense qu'il était agent ambulant de la franc-maçonnerie, chargé d'assurer la cohésion de l'internationale maçonnique. Initié à Venise, confirmé à Lyon en 1750, il est peut-être devenu agent secret du Grand-Orient à partir de 1760. On l'a aussi soupçonné d'être un espion appointé par différents gouvernements.

Assez discret sur son rôle politique éventuel, Casanova l'est beaucoup moins à l'égard de ses aventures amoureuses. On a estimé que de 1735 à 1774, il avait eu cent vingt-deux amantes, mais il n'en est pas moins fort différent de Don Juan dont plusieurs critiques, tels que Stefan Zweig et Félicien Marceau ont pris soin de le distinguer. Casanova n'a en effet aucun sens du péché ni de la transgression ; il croit au bonheur, marie les filles qu'il a séduites et reste leur ami, sans que les délaissées paraissent éprouver à son égard autre chose que de la reconnaissance. Ignorant des complications sentimentales, il n'a aucun sens du tragique. Sa conception du bonheur est simple : « J'aimais, j'étais aimé, je me portais bien, j'avais beaucoup d'argent, je le prodiguais pour mon plaisir, et j'étais heureux. » On en saurait sans doute plus sur son donjuanisme si on connaissait la part exacte qu'il a prise au livret du Don Giovanni de Mozart. Mais on ne dispose que d'indices : ses rapports assez suivis avec [...]

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  • : ancienne élève de l'École normale supérieure de Sèvres, professeure agrégée des Universités (littérature comparée), université de Paris-VII-Denis-Diderot

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Pour citer l’article

Denise BRAHIMI, « CASANOVA GIACOMO - (1725-1798) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/giacomo-casanova/