GERMANIE

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L'armée, agent de romanisation

Le péril germain avait cimenté l'union de Rome et de la Gaule, et c'est sur la frontière du Rhin que se joua le sort de l'Empire : face aux barbares, Rome n'a pu disposer d'effectifs suffisants et a tenté de faire assurer la garde du Rhin par des peuplades à son service. Malgré l'échec du rêve augustéen d'une grande Germanie romaine, la province fut intensément romanisée sous l'influence de l'armée : construction de routes, d'aqueducs, de monuments, exploitation des mines et carrières. Les fréquents déplacements de troupes le long de la voie du Danube firent pénétrer en Germanie de nombreuses influences artistiques et culturelles : verriers de Syrie, officines de sculpteurs, cultes orientaux (Mithra, dieu cavalier, Jupiter Dolichenus, Sabazius).

La prospérité économique

La Germanie fut longtemps le point névralgique des frontières où Rome concentra des troupes (200 000 hommes en 39 apr. J.-C., soit les deux tiers des forces de l'Empire). La romanisation y fut intense et rapide, dans un milieu favorable au brassage d'hommes et d'idées et à la création d'une race mixte (cas des Colonais). Cette concentration provoqua également une intense activité industrielle : transfert des potiers du centre de la Gaule, attirés par la grosse clientèle militaire (ateliers d'Argonne, de Lorraine, d'Alsace et des Vosges, puis de Rhénanie-Rheinzabern).

À la campagne, de grands domaines dont on connaît les centres (villas de Dautenheim, près de Mayence ; Cologne-Müngersdorf ; Nennig, où l'architecture méditerranéenne s'adapte à un climat continental ; domaine impérial de Langmauer près de Trèves), pratiquent une riche agriculture, en partie « mécanisée » comme le montre le bas-relief de Buzenol-Montauban figurant une « moissonneuse » gallo-romaine. On trouve des éléments de centuriation dans les vallées du Rhin et de la Meuse. La vigne couvre les coteaux de la Moselle, chantés par Ausone.

Des vexillations de légions sont employées dans l'exploitation des carrières, dans les tuileries, dans les travaux publics, dans les fabrications d'intendance. Une intense navigation sur le Rhin et ses affluents, prolongée par la navigation maritime, double des trafics routiers : l'importance de la grande voie stratégique du Rhin à partir de Lyon fut considérable.

Les objets et documents que l'on a découverts permettent de se représenter ce qu'était la vie quotidienne des provinces. La verrerie, trouvant d'excellent sable en Rhénanie, connut un notable essor à partir du milieu du iie siècle : certaines techniques ont pu y être importées directement d'Orient par la voie du Danube. À Cologne, des séries remarquables ont subsisté : verres ornés de fils colorés, puis incolores taillés de façon décorative, avec scènes allégoriques (fin iiie-début ive s.), et le merveilleux vas diatretum à résille, avec des ornements entourant le corps, taillés dans le verre et fixés sur un socle de métal précieux (ive s.).

Le développement urbain

Les camps de légions ont donné naissance à des villes, en Germanie supérieure : Vindonissa (Windisch), Argentoratum (Strasbourg), Mogontiacum (Mayence et Weisenau) ; en Germanie inférieure : Bonna (Bonn), Novaesium (Neuss), Castra Vetera (Xanten), Noviomagus (Nimègue), surtout Ara Ubiorum (Cologne).

Certains sites ou monuments sont remarquables, tels les camps de Boppard, Brugg, Vindonissa, Cologne-Deutz (Castellum Divitia), Neuss, Nimègue, Saalburg, Xanten ; les thermes de Badenweiler, Heerlen, Xanten ; les amphithéâtres de Windisch et Xanten ; les aqueducs de Cologne (Eifel, 90 km de long), Mayence (Zahlbachtal) ; la résidence impériale d'été de Konz et le palais de Pfalzel, tous deux près de Trèves ; la basilique de Ladenburg.

Trèves, la Rome de l'Occident, bien que située dans la province de Belgique, ne peut être séparée du destin de la Germanie. Elle offre un bon exemple de l'essor que connurent toutes ces villes. À l'emplacement de vici indigènes se dressa d'abord un camp romain ; la colonie, au plan quadrillé régulier de 1 200 × 600 mètres, peut dater de Claude (Augusta Treverorum, capitale des Trévires). Rendue prospère dès le iie siècle par ses industries (fabrique d'armes), son commerce du vin sur la Moselle, réputée pour ses écoles, Trèves fut la résidence des empereurs gaulois (seconde moitié du iiie s.), le chef-lieu de la Belgique Ire sous Dioclétien, puis du diocèse des Gaules [...]

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200 à 300. Division des empires

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  • : directeur de l'Institut d'études latines à la faculté des lettres et sciences humaines de Tours

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Pour citer l’article

Raymond CHEVALLIER, « GERMANIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/germanie/