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LASSUS ROLAND DE (1532 env.-1594)

Psaume Miserere mei, R. de Lassus - crédits : AKG-images

Psaume Miserere mei, R. de Lassus

Le plus illustre polyphoniste du xvie siècle et l'un des plus grands musiciens de tous les temps, plus original, plus expressif et plus fécond que son contemporain Palestrina, Lassus connut, à la tête de la chapelle ducale de Bavière, une situation privilégiée et une réputation européenne. Surnommé par ses compatriotes « l'Orphée belge », par les Français « le plus que divin Orlande », par les Italiens « Mirabile Orlando », il fut traité par ses maîtres bavarois plus en ami qu'en serviteur. Il aborda tous les genres pratiqués à son époque, laissant plus de deux mille œuvres, toutes marquées de l'empreinte de son génie. Profondément cultivé, il maniait aussi bien la langue française que l'italienne ou l'allemande ou le latin. Il fut un humaniste autant qu'un musicien.

Une jeunesse agitée

Né à Mons dans le Hainaut (Belgique), Roland de Lassus, enfant de chœur à Saint-Nicolas-de-Havré, dans sa ville natale, fut tôt remarqué pour ses dons et sa belle voix. Plusieurs fois enlevé par des amateurs éclairés et audacieux, plusieurs fois rendu à son église, l'enfant fut enfin pris en charge par Ferdinand de Gonzague, général de Charles Quint, qui recrutait les jeunes talents pour son empereur. Ce fut le début d'une jeunesse aventureuse. Marino Cavalli, ambassadeur de Venise, écrivait en 1551 à propos des chantres de Charles Quint : « Ils sont peut-être quarante et forment la plus complète et la plus excellente chapelle de la chrétienté... » Au sein de cette maîtrise, Lassus fut en contact avec d'éminents musiciens, tels Thomas Crecquillon et Nicolas Gombert, auprès de qui il put étudier et approfondir la technique de la polyphonie franco-flamande. Mais comme Charles Quint ne se déplaçait point sans ses chantres, qui devaient chaque jour célébrer le divin office, Lassus suivit son protecteur en France, et connut ainsi à Fontainebleau les musiciens de la chapelle de France, Claudin de Sermisy et Pierre Certon. Lorsque Gonzague fut nommé gouverneur de Milan (1546), il emmena son « page-musicien ». Le maître de chapelle du « Duomo » était alors un Flamand, Matthias Hermann Verrecorensis. C'est à Milan que Lassus paracheva sa formation musicale.

On pense qu'il quitta le service de Gonzague lorsqu'il perdit sa voix enfantine. C'est un adolescent qui suivit alors à Naples Constantino Castrioto, chevalier de Saint-Jean-de-Jérusalem, grand amateur de musique. Il résida chez le marquis della Terza, humaniste distingué et poète à ses heures ; auprès de lui, il s'imprégna de culture italienne. Au bout de trois ans, il se rendit à Rome ; grâce à son talent autant qu'à ses protecteurs, Lassus est appelé à diriger la chapelle de Saint-Jean-de-Latran. Mais, l'année suivante (1554), un intrigant gentilhomme napolitain l'entraîne à sa suite en Angleterre. Cet inquiétant personnage voulait approcher la reine Marie Tudor, fort entichée de musique. Mais les arrière-pensées politiques de l'aventurier furent vite découvertes : il fut emprisonné et expulsé... et Lassus avec lui.

Après un bref séjour en France, Lassus passa deux ans à Anvers, s'y faisant une enviable réputation et nouant des relations avec l'éditeur Tylman Susato, qui publia ses premières œuvres, un livre de Mélanges contenant des madrigaux et villanelles, des chansons françaises et des motets (1555).

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Pour citer cet article

Roger BLANCHARD. LASSUS ROLAND DE (1532 env.-1594) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

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Psaume Miserere mei, R. de Lassus - crédits : AKG-images

Psaume Miserere mei, R. de Lassus

Autres références

  • FIGURALISME

    • Écrit par
    • 1 324 mots
    Ces procédés, qui étaient jusque-là peu connus des compositeurs, se répandent autant dans la musique religieuse que profane. Roland de Lassus (1530 ou 1532-1594) a beaucoup utilisé ces moyens, auparavant complètement ignorés des compositeurs du Nord. Il n'hésite pas à s'en servir très largement même...
  • VENT INSTRUMENTS À

    • Écrit par
    • 6 447 mots
    • 22 médias
    ...on entendait des Canzonas à six voix où concertaient deux flûtes, deux violes, deux trombones et deux luths. En 1568, à Munich, un Motet à sept de Lassus réunit au chœur vocal, dont chaque partie est exécutée par douze choristes, cinq cornets, deux trombones et un orgue. Ailleurs, Lassus propose huit...