STELLA FRANK (1936- )

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Couleur, volume, courbe : la période « baroque »

Si Frank Stella n'a pas inventé le principe du shaped canvas, littéralement « châssis formé », principe attribué à l'artiste hongrois Laszlo Peri en 1922 pour son œuvre Construction en espace, l'américain en a poussé très loin l'application. Alliant la monumentalité des formats de l'expressionnisme abstrait à la sécheresse de ses séries de peintures systématiques, Stella évide les surfaces, les adapte aux formes polygonales, à des structures en V ou en X, dépasse les échelles. Il faudra attendre 1967 pour voir les courbes faire leur apparition. En revanche, dès 1962, on remarque le retour de la couleur. Monochromes puis polychromes, les séries radicales et rythmiques se succèdent, sensibilisées par des titres étonnamment « bavards ». Stella contrebalance la littéralité de sa peinture en empruntant ses titres au jazz (Turkish mambo, 1959-1960, coll. part. ou Hyena Stomp, 1962, Tate Gallery, Londres), à ses déplacements et lieux de résidence (Tomlinson Court Park, 1959, Museum Folkwang, Essen). Il fait référence à l'histoire nazie (Die Fahne Hoch, 1959, Whitney Museum of American Art, New York), portraiture des proches (Ileana Sonnabend, Carl Andre, 1963, coll. privées) ou attribue à ses œuvres des noms de cités antiques d'Asie Mineure à plan circulaire comme Darabjerd ou Aqqa. Ces titres appartiennent à la série des Protractor, du nom de cet instrument de dessin permettant aux architectes de tracer des courbes et des rayons. Commencée en 1967, la série comprend une trentaine de toiles multicolores, intégrant courbes et cercles dans ses schémas. Elle constitue une transition vers ce que certains critiques considèrent à l'époque comme une trahison, c'est-à-dire la seconde période de Frank Stella, hirsute, dynamique, tonitruante : « baroque ». En 1986, il signera d'ailleurs un ouvrage, Working Space, qui prendra pour thème l'espace physique et la peinture depuis Caravage et Rubens jusqu'à l'abstraction. Mais la date clé de cette évolution reste 1973, année où l'on constate l'apparition du volume et du collage dans sa pratique picturale. La série Polish village mêle peinture, collage, superpose des matériaux comme le contreplaqué et l'isorel et s'inspire de la construction des synagogues en Pologne. Peu de temps après, avec les séries Exotic Birds et Indian Birds, l'artiste travaille à partir de gabarits d'architecte. Les courbes ainsi obtenues sont accompagnées d'une peinture très gestuelle et de couleurs quasi fluorescentes. Les toiles, au format parfois colossal, témoignent d'un dynamisme auquel Stella n'avait pas habitué les spectateurs. Au milieu des années 1990, il combine sa passion de l'espace baroque à l'architecture en peignant sur des supports architectoniques, comme par exemple d'immenses cimaises courbées. Ces architectures décomplexées oublient toute fonctionnalité et glissent vers la sculpture, pratique à laquelle il finit par se livrer au cours de la même décennie. Pour celui qui avait banni toute illusion spatiale dans les années 1950, seul l'espace, le volume, et l'échelle comptent désormais. Stella s'aide d'ordinateurs pour agencer ses formes, courbes et élans polychromes et faire jaillir une surface sculptée et extravagante, excessive et saturée.

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Écrit par :

  • : critique d'art, historienne de l'art spécialisée en art écologique américain

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Pour citer l’article

Bénédicte RAMADE, « STELLA FRANK (1936- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/frank-stella/