Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

FLAMENCO

Le chant flamenco (cante flamenco) est un art créé par le peuple andalou, sur la base d'un folklore populaire issu des diverses cultures qui s'épanouirent au long des siècles. À partir du xviiie siècle, époque capitale pour l'histoire de la culture et du folklore en maints pays européens, les Bas-Andalous, de souche gitane, donnèrent à cet art sa structure et ses caractères définitifs. Toute une série de facteurs, sociaux et humains, enracinés dans la douleur et la pauvreté, entrent en jeu à cette époque, l'Andalousie conservant sa prééminence, et les thèmes musicaux une marque primitive. Ainsi naît un phénomène littéraire et musical dont les premières manifestations sont signalées aux environs de 1750.

Malgré de multiples théories sur la formation et la nature du cante flamenco, les documents découverts jusqu'à ce jour permettent seulement d'affirmer qu'il est d'origine andalouse : quartier sévillan de Triana, ville de Xérès (Jerez de la Frontera), Cadix et ses puertos. C'est là que le cante flamenco trouva toujours le plus grand nombre d'interprètes et de styles.

On qualifie fréquemment le cante d'andalou, de profond (cante jondo), de gitan ou de flamenco. Cette dernière appellation s'est généralisée et prédomine désormais. L'étymologie du mot flamenco, comme qualificatif du cante, a été étudiée par de nombreux chercheurs, folkloristes et érudits. Plusieurs théories ont été proposées, aucune ne convainc totalement. Selon le musicologue García Matos, flamenco est un mot germanique qui signifie flamboyant, ardent et qui pourrait bien avoir été introduit en Espagne par des hommes du Nord. Ils auraient ainsi appelé le folklore andalou pour caractériser son éclat et sa fougue. Le mot flamenco s'applique aussi à une manière de vivre, faite de générosité et d'insouciance.

Origines et évolution

Diverses influences musicales ont eu une importance plus ou moins déterminante sur la formation des styles du cante flamenco. Selon d'éminents musicologues, les premières musiques orientales atteignirent le sud de l'Espagne avec les Phéniciens et les Carthaginois. Sous l'Empire romain, les marchands du Proche-Orient commercèrent avec les ports andalous ; ce sont les Syriens qui apportèrent le christianisme à l'Andalousie. Dès cette période, des textes grecs et romains font allusion à la grâce et aux dispositions des gens de Cadix pour la danse et le chant ; de prodigieuses danseuses vont même jusqu'à Rome, telle Thelethusa, célébrée par Juvénal. Les influences arabes étaient considérées, récemment encore, comme les plus importantes. Une théorie populaire assurait que tout le contexte musical provenait des Arabes, mais la démonstration a été faite que ce sont ces derniers qui s'inspirèrent du folklore andalou ! De l'étude de la danse et du chant orientaux, se dégage une affinité avec l'art populaire andalou, déjà imprégné d'orientalisme avant la domination sarrasine.

Le chant grégorien joua un grand rôle en Espagne au xe siècle. Le peuple participait aux fonctions religieuses en interprétant des cantiques : ainsi le chant religieux devient populaire. Ses caractéristiques mélodiques sont maintenant une des propriétés les plus significatives du chant flamenco. D'autre part, en raison de l'origine juive du christianisme et par l'intermédiaire de Byzance, la musique grégorienne avait acquis des inflexions sonores plaintives et orientales.

Cependant l'influence gitane l'emporte. En s'installant en Andalousie, les Gitans apportèrent au folklore andalou toute la tragédie de leur race persécutée et l' écho musical de leur origine indo-aryenne, au point qu'ils se prétendent les authentiques « forgerons » du cante flamenco.

Ni les écrivains ni les érudits ne fournissent de documents[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : musicologue, assesseur au conseil de l'École de musique andalouse et de flamenco

Classification

Pour citer cet article

José BLAS VEGA. FLAMENCO [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Médias

Flamenco à Madrid - crédits : Françoise Weyl

Flamenco à Madrid

Mode de mi - crédits : Encyclopædia Universalis France

Mode de mi

Cellules élémentaires du cante - crédits : Encyclopædia Universalis France

Cellules élémentaires du cante

Autres références

  • CAMARÓN DE LA ISLA JOSÉ MONGE CRUZ, dit (1950-1992)

    • Écrit par
    • 816 mots

    « Plus qu'un révolutionnaire, je le vois comme un créateur et un rénovateur de la musique et des formes du flamenco. Son disque La Légende du temps est pour moi un des joyaux de la discographie flamenca de cette seconde moitié du siècle », écrivait Antonio Morciano à la mort du célèbre cantaor,...

  • GADES ANTONIO (1936-2004)

    • Écrit par
    • 1 062 mots
    • 1 média

    Révolutionnaire et rénovateur sont les deux termes qui caractérisent le mieux le danseur et chorégraphe espagnol Antonio Gades qui, pour n'être ni gitan ni andalou, a su incarner le flamenco dans toute sa pureté primitive. Si Gades n'a pu achever son Don Quichotte, il laisse toutefois...

  • GALVÁN ISRAEL (1973- )

    • Écrit par
    • 960 mots
    • 1 média

    D'origine andalouse et initié très jeune à la culture flamenco, Israel Galván de los Reyes a été reconnu dès la fin des années 1990, en Espagne, comme l'un des danseurs les plus prometteurs de sa génération. Sa notoriété de danseur et de chorégraphe n'a ensuite cessé de grandir non seulement...

  • GUITARE, en bref

    • Écrit par
    • 1 434 mots
    • 6 médias
    Pour la musique populaire, citons Georges Brassens et ses fameuses « pompes » d'accompagnement. Chez les guitaristes de flamenco, après Sabicas (Agustín Castellón Campos, 1907 ?-1990) ou Niño Ricardo (1904-1974) arrive l'immense Paco de Lucía qui, après avoir accompagné El Camarón de la...
  • Afficher les 10 références