HODLER FERDINAND (1853-1918)

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Un art composite

Les premières œuvres de Hodler marquent l'influence de Corot, notamment ses paysages, ou se situent dans la tradition des romantiques allemands quand elles privilégient des scènes d'intérieur à l'intimité silencieuse et baignée de lumière. Vers 1885, l'artiste trouve sa voie : « Clarté formelle, simplicité des représentations, répétition des motifs. » Ainsi que bon nombre de ses contemporains, en cette époque d'individualisme forcené, il participe du courant de l'art européen de la fin du siècle, tout en restant un peu isolé, irréductible à une école. Comme celui de Puvis de Chavannes et de Degas – dont l'influence est très évidente – l'art de Hodler est profondément enraciné dans la tradition : les grands maîtres sont pour lui les Florentins, Michel-Ange, Raphaël (une des figures de La Nuit reprend le Diogène de L'École d'Athènes), Orcagna, Signorelli. Ainsi, les compositions de Hodler ont la clarté et les grands rythmes calmes de celles de Puvis. Mais, à l'héritage des Italiens de la Renaissance s'ajoute chez lui, inévitable pour un artiste suisse, celui de deux grands peintres allemands, Dürer et Holbein. De ce dernier, le Christ mort de Bâle, vu en 1876, le marquera profondément ; Hodler, qui sera toujours hanté par le thème de la mort, s'en souviendra lorsqu'il peindra Valentine Godé-Darel sur son lit de mort. À ces peintres, il doit sa volonté expressionniste et son réalisme incisif, deux éléments absents de l'art de Puvis et qui apparentent Hodler à un artiste comme Klimt dont il n'a pourtant pas la sensualité. On ne trouve pas, en effet, chez Hodler cette idée, chère à Klimt et à la plupart des artistes « Art nouveau », de la femme montrée comme une créature voluptueuse et satanique. Chez lui, elle devient l'héroïne spirituelle d'une aspiration à l'harmonie perdue de l'homme avec la nature, comme dans Communion avec l'infini (1892, Kunstmuseum, Bâle). Après les années 1880, il privilégie un réalisme de l'expression et de la couleur, avec des drapés qui soulignent une gestuelle inspirée de la danse moderne (Isadora Duncan, Loie Füller ou Rudolf Laban), comme dans Chant du lointain (1906, Kunstmuseum, St. Gallen) ou Emotion II (1901-1902, collection particulière).

Avec Klimt et les Viennois, l'art de Hodler a encore en commun une certaine tendance décorative. Ses compositions se présentent le plus souvent comme un assemblage de figures immobilisées dans des attitudes rythmiques et dont les gestes se répondent, de façon à créer un parallélisme des formes. Les paysages, notamment avec les reflets sur l'eau, permettent de développer une symétrie axiale, horizontale et verticale (Le Lac de Thoune aux reflets, 1910, Institut suisse pour l'étude de l'art, Zurich). Au-delà d'un principe de composition formelle, cette symétrie a pour l'artiste une signification symbolique, elle résume l'unité du monde et l'ordre qui régit la nature fondé sur la répétition, tout comme la couleur revêt chez Hodler un rôle plus expressif que décoratif. Cette tendance décorative est en outre accentuée par une perspective plane, surtout dans Les Désillusionnés et Eurythmie.

Le Lac de Thoune et la chaîne du Stockhorn, F. Hodler

Photographie : Le Lac de Thoune et la chaîne du Stockhorn, F. Hodler

Ferdinand Hodler, «Le Lac de Thoune et la chaîne du Stockhorn», 1910. Huile sur toile, 65,5 cm × 88 cm. Von der Heydt Museum, Wuppertal. 

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La Nuit, F. Hodler

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Le Lac de Thoune et la chaîne du Stockhorn, F. Hodler

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L'Amour, F. Hodler

L'Amour, F. Hodler
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Pour citer l’article

Pierre GEORGEL, « HODLER FERDINAND - (1853-1918) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ferdinand-hodler/