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FANTASTIQUE

Le fantastique dans la littérature

Une première approximation désigne comme littérature fantastique tout écrit qui présente des êtres ou des phénomènes surnaturels, à l'exclusion toutefois des divinités ou des intercesseurs qui sont objets de foi et de culte. Mythes et cosmogonies, livres sacrés, vies et miracles des saints, même si le surnaturel en constitue à la fois le milieu et le ressort, ne peuvent passer pour littérature fantastique : ils sont ou ont été objets de croyance et à leur contenu correspondent prières, clergé, cérémonies, expiations, etc. Le fantastique est un domaine intermédiaire, qui exclut également les fables où les animaux parlent, les allégories où, par exemple, vices, vertus ou entités de toutes sortes sont personnifiés, ainsi que chaque récit dont le caractère rhétorique, conventionnel ou didactique répond à une intention évidente de l'auteur. Il n'en reste pas moins un vaste domaine qui comprend deux grands genres traditionnels : les contes de fées et les histoires de fantômes, auxquels est venue s'ajouter récemment une troisième espèce, communément appelée « science-fiction ».

Il convient de définir l'originalité et, si possible, la généalogie de ces trois manières, qui coexistent et s'excluent à la fois.

Féerique et fantastique

Le féerique est un univers merveilleux qui s'ajoute au monde réel sans lui porter atteinte ni en détruire la cohérence. Le fantastique, au contraire, manifeste un scandale, une déchirure, une irruption insolite, presque insupportable dans le monde réel. Autrement dit, le monde féerique et le monde réel se juxtaposent sans heurt ni conflit. Certes, ils obéissent à des lois différentes. Les êtres qui les habitent sont loin de disposer de pouvoirs identiques. Les uns sont tout-puissants, les autres quasi désarmés. Mais ils se rencontrent presque sans surprise et assurément sans autre effroi que celui, très naturel, qui saisit le chétif devant le colosse. C'est qu'un homme courageux peut combattre et vaincre un dragon crachant des flammes ou quelque géant monstrueux. Il est capable de les faire périr. Mais sa vaillance ne lui sert de rien devant un spectre, le supposerait-on bienveillant. Car le spectre vient d'au-delà de la mort. Ainsi, avec le fantastique apparaît un désarroi nouveau, une panique inconnue.

Le conte de fées se déroule dans un monde où l'enchantement va de soi et où la magie est la règle. Le surnaturel n'y est pas épouvantable, il n'y est même pas étonnant, puisqu'il constitue la substance de cet univers, sa loi, son climat. Il ne viole aucune norme ; il fait partie des choses, il est l'ordre ou plutôt l'absence d'ordre des choses. L'univers du merveilleux est naturellement peuplé de dragons, de licornes et de fées ; les miracles et les métamorphoses y sont continus ; la baguette magique, d'un usage courant ; les talismans, les génies, les elfes et les animaux reconnaissants y abondent ; les marraines, sur-le-champ, exaucent les vœux des orphelines méritantes. En outre, ce monde enchanté est harmonieux, sans contradiction, pourtant fertile en péripéties, car il connaît, lui aussi, la lutte du bien et du mal : il existe de bons génies et de mauvaises fées. Mais, une fois acceptées les propriétés singulières de cette surnature, tout y demeure remarquablement homogène.

Au contraire, dans le fantastique, le surnaturel apparaît comme une rupture de la cohérence universelle. Le prodige y devient une agression interdite, menaçante, qui brise la stabilité d'un monde dont les lois étaient jusqu'alors tenues pour rigoureuses et immuables. Il est l'Impossible, survenant à l'improviste dans un monde d'où l'impossible est exclu par définition.

D'où une seconde et non moins décisive opposition : alors que les contes de fées ont volontiers[...]

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Écrit par

  • : homme de lettres
  • : professeur des Universités, université Paris-Diderot
  • : journaliste, conseiller en recherches cinématographiques, historien du cinéma fantastique

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

<it>Les Ambassadeurs</it>, H. Holbein le Jeune

Les Ambassadeurs, H. Holbein le Jeune

<it>Titania et Bottom</it>, J. H. Füssli

Titania et Bottom, J. H. Füssli

<it>Sabbat des sorcières</it>, H. Baldung Grien

Sabbat des sorcières, H. Baldung Grien

Autres références

  • CRITIQUE LITTÉRAIRE

    • Écrit par Marc CERISUELO, Antoine COMPAGNON
    • 12 918 mots
    • 4 médias
    ...à travers un instrument déterminé) utilisés par le texte conçu comme « machine à faire voir ». Si l'étude prenait pour objet principal la littérature fantastique, et notamment les nouvelles d'E. T. A. Hoffmann (la lorgnette de Nathanaël dans L'Homme au sable, le miroir de Théodore dans...
  • JEUX DE RÔLE

    • Écrit par Emilie BLOSSEVILLE, Cécile DELANGHE
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    L'existence des jeux de rôle est indissociable du nom d'un Américain, Gary Gygax, nourri de jeux et d'histoires fantastiques, qui s'inspire de l'univers du Seigneur des anneaux, ouvrage de Tolkien, pour lancer en 1973 le premier et le plus célèbre jeu de rôle : Donjons...
  • JEUX EN LIGNE

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    ...l'écran, la première étape du nouveau joueur en ligne est de créer son avatar, c'est-à-dire son alter ego numérique. Dans le cas de Wow, qui se passe dans un environnement médiéval-fantastique – un dérivé de l'univers du Seigneur des anneaux de Tolkien –, il peut s'agir d'un humain ou d'une créature...
  • MILNER MAX (1923-2008)

    • Écrit par Universalis
    • 400 mots

    Historien de la littérature français. Président de la Société des études romantiques et dix-neuviémistes, professeur émérite de littérature à l'université de Paris-III-Sorbonne, Max Milner fut, à l'image de Mario Praz ou de Jurgis Baltrušaitis, un de ces « grands transversaux...

Voir aussi