PRAZ MARIO (1896-1982)

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Mario Praz fut le plus savant humaniste, le chroniqueur et le critique le plus brillant et le plus délicat essayiste qu'ait connu l'Italie de son temps. Angliciste de profession, il fut partout chez lui dans le domaine des lettres, et il eut encore l'originalité d'être un des meilleurs connaisseurs du style Empire (Goût néo-classique, trad. franç. 1989) et un collectionneur passionné (Histoire de la décoration d'intérieur, trad. franç. 1990). Voyageur de corps et d'esprit, il ne connut pas de frontières à l'intérieur de la civilisation occidentale nourrie à la source italienne. Il naquit à Rome, mais son enfance et son adolescence furent florentines. De sa personnalité naissante, il a laissé une image idéale dans Portrait d'un Épicurien, où le terme doit s'entendre dans le sens philosophico-esthétique que lui donne Walter Pater : c'est d'un culte du moi qu'il s'agit, d'un rapport mesuré du moi au monde, et d'une communion avec le beau qui est le fondement de la paix de l'âme. L'éveil irrésistible de sa vocation littéraire le mena d'abord à D'Annunzio. Il s'orientait incertainement vers l'Angleterre lorsqu'il fut conduit vers la plus florentine des Anglaises, Vernon Lee — Miss Bell, « laide et gentille », du Lys rouge d'Anatole France. Auprès de cette déjà vieille dame, il connut un enchantement, une conversion. Quand il arriva à Rome en 1934, il retrouva au Palazzo Ricci l'appartement dont il avait rêvé en 1917, et c'est là qu'au fil des années il installa sa Casa della vita (1958, La Maison de la vie, trad. franç. 1994), ce musée domestique où tout un mobilier devient pour lui une féerie dormante de lions, de sphinx, de cygnes, qu'il imagine prêts à s'animer. Il semblait tout savoir, et sa forte personnalité le mettait au cœur de la vie culturelle du pays. En 1930, il analyse la littérature romantique dans La Chair, la Mort et le Diable. Ce qui importe à son travail critique, c'est que tout, dans sa mémoire, identifié et clair, soit disponible à tout appel. Un emblème surgit : Méduse, belle tête coupée sous une chevelure grouillante de serpents. La mort physique est obsédante, la décadence s'installe, les sexes s'embrouillent et se replient frileusement sur l'homosexualité et l'inceste. Gustave Moreau, comme Huysmans — les arts convergent toujours —, nous transporte à Byzance. Le concettisme, et notamment le marinisme, a représenté pour Praz un intérêt constant, la sensibilité dans le jeu des pointes et des traits du poète Richard Crashaw le touche. Au xvie siècle, il voit naître le maniérisme d'un déséquilibre de la sensibilité, avec sa perversion inquiète des formes. Aussi à l'aise dans l'un que dans l'autre domaine, c'est en partant de la peinture qu'il traite de l'embourgeoisement du romantisme littéraire en Angleterre. Les peintres des Pays-Bas au xvie et au xviie siècle ont offert toute la variété des scènes de genre qu'on retrouvera chez les romanciers anglais, de Scott à Eliot. Dans ses essais, l'invention se fait jour comme s'il se retenait à peine de passer du vécu à la fiction. Ne se souciant guère d'être notre contemporain, Mario Praz donnait libre cours à son aversion pour la déshumanisaton de l'art.

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GOÛT NÉOCLASSIQUE, Mario Praz - Fiche de lecture

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  • Adrien GOETZ
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Goût néoclassique de Mario Praz (1896-1982), foisonnante somme d'essais et d'articles publiés dès 1939 et ensuite enrichi d'éditions en éditions, marque une date dans l'histoire du goût : signal de la réhabilitation du style néoclassique, et en particulier du style Empire, cet ouvrage ouvre le chem […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean-Jacques MAYOUX, « PRAZ MARIO - (1896-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mario-praz/