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Religion et État en Europe centrale et orientale

La métaphore du congélateur ou l'idée de parenthèse communiste ont souvent été utilisées pour expliquer ce qu'on a, sans doute improprement, appelé un « renouveau religieux » en Europe centrale et orientale après la chute du Mur de Berlin en 1989. Pourtant, il est difficile de considérer que toute vie religieuse avait disparu à l'époque soviétique ou qu'elle n'évolua pas au gré à la fois de la politique soviétique coercitive et de la sécularisation liée à la modernisation (l'industrialisation, l'urbanisation et l'exode rural, en particulier). Le religieux a néanmoins connu une nouvelle visibilité publique après 1989, incitant certains observateurs à considérer que l'Europe de l'Est ne suivait pas la même voie que les pays d'Europe occidentale. Le mouvement de renaissance des nations qui a traversé alors cette région s'est accompagné de l'essor d'une « religion-patrimoine », de nature identitaire. Certains mouvements religieux, à l'instar de l'Église catholique en Pologne, ont été des facteurs d'opposition au pouvoir communiste et ont pu contribuer à l'effondrement du système. Au tournant des années 1990, l'essor du religieux a continué à accompagner le processus de démocratisation. On a pu également affirmer que le religieux comblait, dans certains pays, le vide idéologique produit par la disparition du marxisme-léninisme. Enfin, la mondialisation des échanges a provoqué une diversification du « marché »religieux dans l'ensemble de l'Europe centrale et orientale, transformant peu à peu le paysage religieux.

La plupart des pays de la zone sont dominés par la religion chrétienne, soit catholique, soit orthodoxe ou protestante. Mais certaines régions sont majoritairement musulmanes. Les Balkans sont essentiellement sunnites de rite hanafite, mais comprennent aussi des groupes alévis-kizilbach ou bektachis plaçant au centre de leur dévotion Ali – gendre du prophète Mahomet, figure centrale du chiisme –, et d'autres confréries mystiques. Dans la Fédération de Russie, l'islam au Tatarstan est lui aussi un islam sunnite de rite hanafite, modéré, plus culturel que religieux ; au Daghestan et en Tchétchénie, l'islam est sunnite de rite shafiite et les confréries soufies – la Naqshabandiyya et la Qadariyya – sont particulièrement bien implantées ; dans le Caucase du nord-ouest, l'islam est de rite hanafite.

De par leur histoire, les sociétés de cet espace européen centre-oriental sont plus ou moins largement sécularisées. Quoi qu'il en soit, les institutions religieuses y ont été traversées par les mêmes questionnements au cours des deux dernières décennies ; elles ont toutes dû affronter l'héritage communiste et un passé, plus ou moins lourd, de compromission qui les ont considérablement affaiblies, les ont empêchées de se développer sur un mode pluriel et les ont incitées à concentrer leurs réflexions autour de la question de la relation avec l'État, plutôt que sur leur place dans la société.

Affirmations nationales et religieuses

Les impulsions identitaires qui ont accompagné la disparition de la tutelle soviétique ont replacé les Églises historiques au cœur des nations. Elles sont ainsi appelées à relier les États à une culture et une tradition effacées par le communisme, à renouer les fils d'une continuité historique perdue. Elles provoquent des conflits mémoriels, à l'image de ceux qui se sont produits à l'occasion des projets de construction de la cathédrale du Salut de la Nation à Bucarest. Ébranlant l'équation identitaire de l'orthodoxie avec la roumanité, l'Église grecque-catholique (dite aussi uniate, c'est-à-dire de rite byzantin mais soumise à Rome) implantée en Transylvanie, qui avait été interdite en 1948, est à nouveau légalisée le 30 décembre 1989. En outre, l'effondrement de l'empire soviétique et la dislocation de la Fédération yougoslave ont provoqué l'apparition ou la réapparition d'autres Églises nationales. L'Église orthodoxe russe, qui est l'un des derniers vestiges, peut-être le dernier, de l'Empire russe et de l'Union soviétique, voit son territoire traditionnel contesté. En Estonie, le gouvernement a ainsi reconnu en 1992 l'Église orthodoxe estonienne (dite [...]

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Représentants religieux auprès de l'Union européenne

Représentants religieux auprès de l'Union européenne
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Le voile, signe religieux

Le voile, signe religieux
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Pâque russe, 2008

Pâque russe, 2008
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Écrit par :

  • : professeur honoraire, faculté de droit de l'université de Montpellier-1
  • : directrice de recherche au Centre d'études et de recherches internationales (CERI), Sciences Po Paris

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Pour citer l’article

Michel MIAILLE, Kathy ROUSSELET, « EUROPE - Diversité religieuse », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/europe-diversite-religieuse/