COLONNE ÉDOUARD (1838-1910)

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Né à Bordeaux dans une famille de sept enfants, Judas Colonna, dit Édouard Colonne, affronte très tôt les réalités de la vie qu'il domine avec un courage et un esprit d'entreprise qui ne le quitteront pas. Il entre au Conservatoire de Paris en 1856 et travaille le violon avec Girard et Sauzay, l'harmonie avec Elwart, le contrepoint avec Ambroise Thomas. Pour gagner sa vie, il fait partie de l'orchestre du Théâtre-Lyrique auquel il doit consacrer l'essentiel de son temps. Puis il est engagé dans l'orchestre de l'Opéra avant d'entrer aux Concerts Pasdeloup en 1861. Il fonde avec Lamoureux, Adam et Pilet la Société de musique de chambre qui révèle au public parisien les chefs-d'œuvre de la musique romantique allemande, notamment les sextuors de Brahms. Sa véritable chance ne vient qu'une douzaine d'années plus tard lorsque l'éditeur Hartmann assiste à une représentation des Erynnies de Leconte de Lisle dont Colonne dirige la musique de scène composée par Massenet. Hartmann l'engage immédiatement à la tête du Concert national qu'il fonde à l'Odéon en 1873. Les huit concerts de la première saison remportent un succès triomphal et marquent le renouveau de la musique symphonique en France. Mais les résultats financiers sont catastrophiques. Hartmann se retire et Colonne reprend seul la direction ; il transfère les concerts au Châtelet et intéresse les musiciens aux résultats de l'entreprise : ceux-ci constituent une société et acceptent d'être rémunérés en fonction des bénéfices, gains symboliques qui vont s'améliorer au fil des années, mais qui montrent quel enthousiasme Colonne avait suscité parmi ses collaborateurs. Le succès vient rapidement avec la reprise de La Damnation de Faust de Berlioz, oubliée depuis trente ans : elle est jouée six dimanches consécutifs. Colonne devient l'apôtre de Berlioz qui le révèle à lui-même, chef passionné, lyrique et sensible. Il impose aussi de nombreux musiciens français contemporains (Bizet, Franck, Chausson, Saint-Saëns, Lalo, Massenet, Fauré, Debussy, Ravel). Il fait appel aux plus grands solistes de l'époque (Sarasate, Ysaye, Pugno...) et il est l'un des premiers à inviter des chefs étrangers à la tête de son orchestre : Felix Mottl, Felix von Weingartner, Edvard Grieg, Gustav Mahler. Parallèlement, il est très souvent sollicité par les plus grands orchestres européens, et il est nommé chef d'orchestre à l'Opéra de Paris en 1892. Il y reste à peine plus d'une saison, préférant se consacrer entièrement à son orchestre, mais il y dirige néanmoins Salammbô de Reyer, Samson et Dalila de Saint-Saëns et la première française de La Walkyrie. En février 1909, il est pris d'une syncope au cours d'une répétition et, malgré une activité ralentie qui lui permet de désigner son successeur, Gabriel Pierné, il meurt un an plus tard.

Le chef d'orchestre était un artiste ardent et raffiné qui savait donner un relief inouï à ses interprétations, pleines de charme et de couleurs. L'homme était un animateur enthousiaste qui refusait l'obstacle et s'imposait toujours par son autorité et une persuasion hors du commun.

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  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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Alain PÂRIS, « COLONNE ÉDOUARD - (1838-1910) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/edouard-colonne/