LOUISS EDDY (1941-2015)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Inclassable Eddy Louiss ! Vocaliste acrobate et talentueux trompettiste dès ses débuts, percussionniste et maître reconnu des claviers (orgue, synthétiseur et piano), compositeur et chef d’orchestre, ce musicien sans frontières a su mêler dans un cocktail au goût relevé racines caraïbes et passion pour le jazz.

Édouard Louise naît à Paris le 22 mai 1941. Son père, d’origine martiniquaise, lui donne dès l’enfance une formation classique (piano, solfège, harmonie) et l’entraîne dans les tournées estivales où il se produit comme trompettiste professionnel sous le nom de Pierre Louiss. Le répertoire en vogue dans les casinos européens est alors essentiellement composé de danses dites « typiques » – tangos, rumbas, paso doble, cha-cha- cha –, qui laisseront une trace durable dans l’imaginaire de l’adolescent. À seize ans, il joue à plein temps dans la formation paternelle, adopte son nom de scène Eddy Louiss et fait, dès cette époque, le « bœuf » dans les clubs parisiens avec Jean-François Jenny-Clark, Aldo Romano, Jimmy Gourley et Roger Guérin. Mimi Perrin l’appelle dans son groupe vocal virtuose, les Double Six, ensemble qui fréquente Dizzy Gillespie et interprète Quincy Jones. Dès son service militaire, Eddy Louiss mène une double vie. Il accompagne de nombreux chanteurs de variété – Nicole Croisille, Claude Nougaro (pendant treize ans), puis Henri Salvador, Charles Aznavour, Barbara, Gainsbourg ou Jane Birkin – sans pour autant ralentir sa carrière de jazzman. En 1966, il fonde avec le violoniste Jean-Luc Ponty et le batteur Daniel Humair un trio dont le nom unit leurs initiales : H.L.P. La formule qui rassemble orgue, guitare et batterie lui convient tout particulièrement. On y remarquera successivement des compagnons comme Pierre Cullaz, Aldo Romano, René Thomas, Kenny Clarke et Bernard Lubat. Eddy Louiss se produit à Londres, New York, Dakar et au Japon. Après avoir été pendant neuf mois le partenaire de Johnny Griffin à Paris, il part en tournée, en 1971, avec Stan Getz. À son retour, il anime plusieurs orchestres dont les participants viennent des horizons esthétiques les plus divers. S’il croise la route de musiciens issus du jazz traditionnel (Stéphane Grappelli, Michel Petrucciani), le voisinage d’une aventureuse avant-garde (Michel Portal, John Surman ou Albert Mangelsdorff) ne l’effarouche guère. En 2010, l’Olympia célébrait un parcours de plus de cinquante ans. Il meurt à Poitiers le 30 juin 2015, des suites d’une intervention chirurgicale.

Eddy Louiss s’exprime, de la trompette aux marimbas, sur un grand nombre d’instruments. Mais c’est sur l’orgue Hammond B3 qu’il laisse le plus impressionnant souvenir. Au cours d’envolées sonores qui ont la liberté et l’élan des torrents de montagne, ce félin du clavier donne au blues ancien une vitalité toute nouvelle. Toute l’histoire du swing, métissée de rythmes échappés d’Afrique et des Antilles, bondit sous ses doigts en lignes vertigineuses et en couleurs exquises. Une abondante discographie illustre son rôle aux côtés des plus grandes voix de la chanson française. On retrouvera avec délectation dans quelques albums mémorables – Sang mêlé, Sentimental Feeling, Bohemia after Dark, Louissiana, Nardis ou encore Our Kind of Sabi – le musicien original et l’improvisateur inspiré.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  LOUISS EDDY (1941-2015)  » est également traité dans :

GOURLEY JIMMY (1926-2008)

  • Écrit par 
  • Pierre BRETON
  •  • 824 mots

Pilier des clubs parisiens, le guitariste, compositeur et chanteur Jimmy Gourley s'est affirmé, des deux côtés de l'Atlantique, comme un instrumentiste de grand style et comme un complice particulièrement apprécié par la fine fleur des jazzmen. James Pasco Gourley, Jr., naît le 9 juin 1926, à Saint Louis, dans le Missouri. Après de multiples déménagements, son père, voyageur de commerce, établit […] Lire la suite

HUMAIR DANIEL (1938- )

  • Écrit par 
  • Pierre BRETON
  •  • 1 134 mots

Compositeur et peintre reconnu, Daniel Humair reste avant tout l'un des batteurs les plus inventifs que le Vieux Continent ait offert au jazz. De Stéphane Grappelli à Eric Dolphy, il a joué avec d'innombrables solistes – à l'exception de Miles Davis et de Sonny Rollins, fait-il lui-même remarquer – grâce à une manière originale et virtuose dont la trame originelle est héritée à la fois de Tony W […] Lire la suite

PONTY JEAN-LUC (1942- )

  • Écrit par 
  • Pierre BRETON
  •  • 1 021 mots

Les violonistes se sont invités en intrus au royaume du jazz. Pourtant bien présents dès l'origine, leur sonorité ténue peine à se faire entendre face à la puissance dominatrice des cuivres. Rares sont ceux qui ont réussi, sur les traces de Joe Venuti (1903-1978), d'Eddie South (1904-1962), de Stuff Smith (1909-1967) et de Michel Warlop (1911-1947), à s'affranchir de l'esthétique classique et à s […] Lire la suite

Pour citer l’article

Pierre BRETON, « LOUISS EDDY - (1941-2015) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/eddy-louiss/