DIOGÈNE LE CYNIQUE (-413--327)

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Diogène de Sinope, du nom de sa ville natale sur la mer Noire, est plus connu sous le sobriquet de Chien (Aristote, Rhétorique, 1411 a 24), qui le désigne comme fondateur de la secte cynique. Il mourut à Corinthe, qui lui consacra une colonne surmontée d'un chien, tandis que ses concitoyens lui élevaient une statue.

Sa vie est un tissu d'anecdotes aussi significatives, et sans doute fausses, que célèbres, rapportées notamment par Diogène Laërce. Condamné à l'exil avec son père Hicésias, changeur mais faux-monnayeur, il voulut à Athènes devenir, malgré les coups de bâton, le disciple d'Antisthène, qui enseignait au Cynosarges, le gymnase des bâtards. Il aurait ensuite fondé l'école cynique, à moins qu'il ait seulement succédé à Antisthène, à la tête de disciples qui ne formèrent d'ailleurs jamais une école au même titre que l'Académie, le Lycée ou le Portique. Puis il répondit à Alexandre, du fond de son tonneau : « Ôte-toi de mon soleil », brisa son écuelle en voyant un enfant boire au creux de sa main, chercha en plein jour avec sa lanterne des hommes sans en trouver et, vendu comme esclave en Crète, déclara que son métier était de commander, par exemple à son maître Xéniade. En haillons, satisfaisant ses besoins sexuels comme on mange, mangeant peu, injuriant et mordant, c'était, aurait dit Platon, un « Socrate en délire ». La doctrine morale qu'incarnait ainsi Diogène — prêchant par l'exemple à la masse des malades et des fous l'autosuffisance ascétique du « citoyen du monde », qui satisfait seuls les vrais besoins de l'homme au mépris des servitudes extérieures et de la morale commune — tient autant du socratisme (le chien mord comme le taon aiguillonne), qu'elle prépare le stoïcisme. Mais le caractère scandaleux du cynisme, qui n'est pas sans ressembler à la sophistique, réside dans sa compréhension de l'opposition entre la nature et la loi et dans sa conception de la nature où cannibalisme et inceste trouvaient peut-être leur justification, comme en témoignaient, dit-on, les écrits perdus de Diogène (des dialogues, des pièces et un traité : La République), dont les titres et l'authenticité étaient déjà contestés dans l'Antiquité.

—  Barbara CASSIN

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Pour citer l’article

Barbara CASSIN, « DIOGÈNE LE CYNIQUE (-413--327) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 février 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/diogene-le-cynique/