DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE

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L’expression « démocratie participative » s’est imposée dans le débat public. Au-delà de ce succès terminologique, la démocratie participative désigne un phénomène bien réel : la multiplication en France et dans le monde d’expériences locales ou nationales permettant aux citoyens de participer directement à la décision publique, ou d’être consultés en dehors des échéances électorales. Ces expériences de démocratie participative prétendent en général pallier les défaillances de la démocratie représentative, sur laquelle sont pourtant fondées les démocraties contemporaines. En effet, celles-ci sont par nature représentatives, puisque essentiellement organisées autour de la procédure électorale et de la désignation de représentants élus. Depuis la fin du xviiie siècle, la démocratie représentative est ainsi construite sur quatre piliers : des élections à intervalles réguliers, l’indépendance des gouvernants, la liberté d’opinion publique et la prise de décision à la majorité après un débat entre représentants élus. Mais, pour le philosophe Bernard Manin, spécialiste de ces questions, le gouvernement représentatif est en fait un système dans lequel l’élu n’est « ni le double ni le porte-parole de l’électeur, mais gouverne en anticipant le jour où le public rendra son jugement ». Pour plusieurs raisons, le début du xxie siècle a vu s’affirmer une volonté de dépasser ce modèle strictement représentatif. D’abord parce que la démocratie connaît une crise de plus en plus évidente (montée de l’abstention, défiance envers les politiques, populismes…) et que la participation apparaît comme une manière de « réenchanter » et de régénérer un modèle politique en voie d’essoufflement. Ensuite, le processus électoral est de moins en moins source de légitimité. La baisse de la participation ne permet plus aux élus de se parer de l’intérêt général, d’autant qu’ils sont de plus en plus perçus comme une nouvelle aristocratie (l’élection « distingue » et tend à favoriser la professionnalisation politique). Enfin, en raison de la hausse du niveau général de scolarisation et de la dévalorisation des formes traditionnelles d’autorité, s’exprime dans la société, de manière disparate, une attente de participation plus forte aux affaires publiques.

S’est ainsi développé un nouveau modèle de démocratie aux contours flous et aux objectifs multiples : la démocratie participative. L’expression recouvre les différents processus d’« association » des citoyens à la décision et aux débats publics qui se sont multipliés depuis la fin du xxe siècle, principalement à l’échelle locale. Tout se passe comme s’il devenait de moins en moins envisageable de ne pas associer les citoyens à l’activité politique entre deux échéances électorales, d’en appeler à la patience civique, au pouvoir « souverain » de représentants oints par le suffrage universel, ou encore d’arguer de l’incompétence des « masses » et de l’expertise des élus. Selon l’expression des politologues Loïc Blondiaux et Yves Sintomer, les démocraties sont saisies par un « impératif participatif ». De plus en plus nombreux sont les enjeux, auparavant réservés aux experts ou aux élus, qui s’ouvrent de manière significative au débat, deviennent « discutables », dessinant la perspective d’une « démocratie dialogique ». Des dispositifs tels que comités, commissions, conférences citoyennes se multiplient. Ils visent à permettre la confrontation de points de vue entre individus d’horizons très différents, ce que les sociologues Michel Callon, Pierre Lascoumes et Yannick Barthe appellent des « forums hybrides ». Les citoyens sélectionnés pour participer à ces dispositifs participatifs ne le sont pas forcément pour leur connaissance du sujet débattu, mais de manière à restituer la diversité la plus grande des opinions. On redécouvre aussi les vertus du tirage au sort, central dans la démocratie athénienne, pour sélectionner une partie des publics engagés.

Même si quelques expériences nationales ont été mises en place en France (le grand débat national organisé en 2019 à la suite de la crise des « gilets jaunes » de 2018, la Convention citoyenne pour le climat en 2020), les expériences de démocratie participative se développent essentiellement à l’échelon lo [...]

Emmanuel Macron lors du grand débat national, 2019

Photographie : Emmanuel Macron lors du grand débat national, 2019

À la suite de la crise des « gilets jaunes », le président de la République Emmanuel Macron organise un « grand débat national » auquel tous les Français peuvent participer. C’est la première expérience de démocratie participative d’ampleur nationale dans le pays. Les Français... 

Crédits : Ludovic Marin/ AFP

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Écrit par :

  • : professeur de science politique à l'université de Lille

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Pour citer l’article

Rémi LEFEBVRE, « DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/democratie-participative/