DE L'ESSENCE DE LA VÉRITÉ et PLATON LE SOPHISTE (M. Heidegger)Fiche de lecture

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Il faut espérer que la traduction des tomes 19 et 34 de la Gesamtausgabe, qui rassemblent les cours des semestres d'hiver 1924-1925 et 1931-1932 : Platon « Le Sophiste » (Gallimard, 2001) et De l'essence de la vérité. Approche de l'« allégorie de la caverne » et du « Théétète » de Platon (ibid.), marqueront un nouveau point de départ dans la traduction des œuvres de Heidegger en français, tant ces livres apportent de lumières à la fois sur le cheminement du penseur et sur les sujets qu'il aborde.

Contrairement à certaines idées reçues, Heidegger s'est intéressé à Platon à de nombreuses reprises : outre le cours sur Le Sophiste, il prononce en 1926 des leçons sur Les Concepts fondamentaux de la philosophie antique, donne en 1930 une conférence intitulée De l'essence de la vérité, consacrée à une lecture de l'allégorie de la caverne formulée dans La République, et, en 1934-1935, un cours sur L'Essence de la vérité. L'intérêt des deux livres ici traduits (par A. Boutot pour De l'essence de la vérité et J.-F. Courtine, P. David, D. Pradelle, P. Quesne pour Platon : « Le Sophiste ») est d'offrir une lecture de trois textes de Platon, ainsi que du sixième livre de l'Éthique à Nicomaque d'Aristote, dont la version grecque est donnée, suivie de traductions par Heidegger lui-même.

« Une traduction n'est que le dernier fruit d'une interprétation effectivement menée à bien : le texte est mené de l'autre côté, c'est-à-dire traduit en une entente qui elle-même questionne de manière autonome. » Nul souci archéologique ou historique ici, simplement le désir de donner à entendre un questionnement à partir de textes instaurateurs d'une tradition à laquelle nous appartenons encore et qui, pour cette raison même, est si difficile à ressaisir. Avec Platon, un tournant dans l'histoire de la vérité s'installe définitivement, même si ses avancées ne sont pleinement lisibles qu'au moment où cette tradition semble avoir fait son temps. Ce tournant fondateur n'a pu être pleinement mis en relief par Heidegger qu'à partir d'une « herméneutique déconstructrice » de la tradition occidentale qui se met en place à l'époque de la rédaction de ces cours, qui encadrent la rédaction de l'œuvre majeure, Être et Temps (1927). Il s'agit pour Heidegger de percevoir dans la tradition ce qu'elle-même n'a pu penser, et c'est cette « réserve impensée » que la lecture doit s'attacher à dégager. L'accès à ce qui a changé n'est possible qu'à condition d'être soi-même engagé dans un processus de changement. L'existential et l'existentiel, l'historial et l'historique ne peuvent être disjoints qu'après coup. Cette sensibilité aux mutations pourra paraître pure violence interprétative aux tenants d'une orthodoxie philologique elle-même historiquement datée. Les cours ici présentés, difficiles et cependant d'une clarté éblouissante jusque dans leurs cheminements les plus hardis, donnent corps à ce que des lectures peu inspirées auront pu réduire à des effets rhétoriques ou à d'arbitraires projections théoriques. Rendre disponible un auditoire à ce qui, a priori, semble avoir fait son temps exige de la part de celui qui enseigne une attention aux textes qu'il donne à lire qui dépasse la simple entente familière. Rares sont les occasions d'entendre dialoguer à telle hauteur de pensée.

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Francis WYBRANDS, « DE L'ESSENCE DE LA VÉRITÉ et PLATON LE SOPHISTE (M. Heidegger) - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/de-l-essence-de-la-verite-et-platon-le-sophiste/