CRITIQUE D'ART

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Le signe et le sens

On doit sans doute à Lessing la première tentative de caractérisation du signe pictural dans sa spécificité, par une subdivision des catégories aristotéliciennes de mimèsis (répétition figurative) et de diégèse (narration) : « S'il est vrai, lit-on dans le Laocoon, que la peinture emploie pour ses imitations des moyens ou des signes différents de la poésie, à savoir des formes et des couleurs étendues dans l'espace, alors que celle-ci emploie des sons articulés qui se succèdent dans le temps ; s'il est incontestable que les signes doivent avoir une relation naturelle et simple avec l'objet signifié, des signes juxtaposés ne peuvent représenter que des objets juxtaposés... de même que les signes qui se succèdent ne peuvent représenter que des objets successifs ». Donc le référent est aussi le signifié, et la signification l'analogie du système des signes. Ainsi aucun système de signes (chacun posé dans son irréductibilité) ne peut traduire l'autre ; l'objet de chaque système est ainsi reflété dans ses caractéristiques formelles, et toute critique d'art s'insérant dans ce rapport dure autant que l'ut pictura poesis. « Des objets qui se juxtaposent ou dont les parties sont juxtaposées s'appellent des corps. Donc les corps avec leurs qualités visibles sont l'objet propre de la peinture. » Le signe pictural est donc motivé par rapport à ce qu'il représente ; on ne peut alors penser sa production que comme analogie et toute question portée sur la spécificité de ce type de signe n'entame jamais un problème de la signification : le sens est très exactement le « surcroît » du signe ; il y a d'une part un signifié accolé mécaniquement, directement commandé par une mimèsis (la juxtaposition des parties), et il ne se probabilise historiquement que par une interprétation comme celle de Panofsky : la juxtaposition des parties, qui est chez Lessing la mécanique obligée d'un corps de signes plastiques, est refermée par la juxtaposition de données iconologiques composant un champ général d'intelligibilité des œuvres. À ce s [...]

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Jean-Louis SCHEFER, « CRITIQUE D'ART », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/critique-d-art/