CHIKUNGUNYA

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Le vecteur Aedes

Sans vecteur dans lequel il se multiplie, le virus ne peut être transmis. On ne connaît pas en effet – sauf lors des transfusions sanguines – de transmission non vectorielle du CHIKV. La biologie et la génétique du vecteur, ainsi que la plus ou moins grande capacité du virus à y proliférer, sont essentielles pour comprendre tant la survenue des épidémies que la diffusion de la maladie hors de son espace géographique habituel en Afrique et en Asie du Sud-Est.

Le genre Aedes comprend au moins 260 espèces dont seulement certaines sont vectrices, dont le célèbre Aedes albopictus ou « moustique tigre », reconnaissable à ses rayures de l’abdomen, et qui a été récemment introduit en Italie et dans le sud de la France. Le deuxième vecteur estA. aegypti, notablement moins important en ce qui concerne la transmission du virus chikungunya. Les Aedes sont cosmopolites et se maintiennent dans toutes zones climatiques où la température moyenne est de l’ordre de 20 0C. Les moustiques du genre Aedes ont un cycle de vie qui les rend particulièrement robustes. Les femelles pondent leurs œufs à proximité de l’eau, un par un, voire même en terrain sec, et leur développement reprend, éventuellement après plusieurs mois, lorsque l’œuf entre en contact avec l’eau. L’œuf résiste à des températures élevées (+ 45 0C) et au froid (— 17 0C), ainsi qu’à la dessiccation. Cette capacité de résistance et le temps qui peut s’écouler entre la ponte et le développement expliquent leur déplacement fréquent d’un point à un autre du globe, les œufs étant transportés avec des marchandises. Un tel déplacement est à l’origine de l’infestation de l’Italie, sans doute à partir de l’Asie du Sud-Est via l’Albanie. L’insecte peut ainsi, au contraire de nombreux autres moustiques, traverser des périodes de sécheresse et de froid. Les larves se développent ensuite sous surface d’une eau propre, même en petite quantité. Les Aedes adultes sont peu exigeants quant à leurs conditions de vie et relativement adaptables. Cette adaptabilité explique la réapparition du vecteur dans des zones où on le croyait disparu du fait des insecticides utilisés pour lutter contre le paludisme. C’est le cas dans l’île de La Réunion : le vecteur introduit au cours du xixe siècle avait disparu en 1950 et est réapparu, maintenant adapté à des altitudes de moyenne montagne (600 mètres), en 1977, reconstituant des populations à partir desquelles la maladie pouvait reprendre. La maladie est ainsi strictement dépendante de la zone d’expansion d’Aedes albopictus et A. aegypti, à un moindre degré.

En outre, dans les maladies à vecteurs, il existe une spécificité d’espèce assez forte d’un virus vis-à-vis de son vecteur dans une zone géographique donnée. Dans le cas de chikungunya et de Aedes, cette spécificité est relativement faible, d’autres espèces sont probablement vectrices, et elle est encore diminuée par la haute fréquence de mutations du virus et l’existence de sous populations vectrices adaptées tant au virus qu’à différentes conditions climatiques. Cela explique que Aedes albopictus et la maladie qui lui est associée ont pu largement sortir hors de leur aire d’origine de l’océan Indien. Par exemple, ce vecteur a atteint les États-Unis en 1985, l’Amérique centrale en 1988 et l’Italie en 1991. En France métropolitaine, la présence d’Aedes albopictus est surveillée de la Méditerranée à la façade atlantique depuis une dizaine d’années et la progression y est claire. Il prolifère pendant toute l’année en zone intertropicale et résiste aux hivers ailleurs. Les populations se sont étendues et il suffit de l’introduction de quelques humains porteurs du virus Chikungunya pour que les conditions d’une épidémie soient rassemblées. Cela s’est passé en Italie, plus précisément en Émilie-Romagne en 2007. C’est ce qui se passe en 2014 sur le pourtour du golfe du Mexique et particulièrement aux Antilles.

Cette dernière situation est parfaitement documentée. Dans un contexte de forte densité de population humaine et d’une solide implantation d’Aedes albopictus et d’Aedes aegypti, il semble qu’il ait suffit de l’arrivée dans l’île de Saint-Martin en décembre 2013 d’un malade du chikungunya pour que l’épidémie prenne son essor. Le premier cas y est décelé le 6 décembre 2013. De là, elle s’est propagée sur l’ensemble des Caraïbes. En juillet 2014, la situation était stabilisée à Saint-Martin et Sai [...]

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Virus du chikungunya

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Sensibilisation à la lutte contre le chikungunya

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Écrit par :

  • : chercheur en histoire des sciences, université Paris-VII-Denis-Diderot, ancien chef de service à l'Institut Pasteur

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Pour citer l’article

Gabriel GACHELIN, « CHIKUNGUNYA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chikungunya/