CASSIODORE (485 env.-env. 580)

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Cassiodore eut le génie de la médiation. Les hautes fonctions qu'il exerça dans le royaume ostrogoth d'Italie firent de lui l'interprète de la culture classique à la cour de Théodoric et le porte-parole du souverain germanique auprès de ses sujets romains. Retiré à Vivarium, dans le monastère qu'il avait fondé, il consacra les trente dernières années de sa vie à préparer la transmission de l'héritage gréco-romain à un Occident tombé aux mains des Barbares.

Défenseur d'une politique et interprète de la culture

Flavius Magnus Aurelius Cassiodorus Senator naquit à Scylacium (Squillace) dans le pays des Bruttii, l'actuelle Calabre, où ses ancêtres avaient acquis fortune et réputation. Sa famille semble avoir eu de lointaines origines syriennes, sans doute antiochiennes. Suivant les traces de son père, qui avait fait une brillante carrière dans la haute administration, Cassiodore fut remarqué par Théodoric, dont il avait prononcé le panégyrique. Il avait une vingtaine d'années lorsqu'il fut nommé questeur. En cette qualité, il devait mettre en forme les décisions du prince en leur donnant l'éclat du style. Cassiodore excella à cette tâche et continua à s'en acquitter, même lorsqu'il fut appelé à de plus hautes fonctions. Consul en 514, il succéda en 523, comme magister officiorum, au malheureux Boèce, exécuté pour avoir été soupçonné de complot et d'intelligence avec les Byzantins. À la différence de Boèce, qui transposait en politique l'idéalisme platonicien, Cassiodore était un réaliste, habile à s'adapter aux circonstances pour en tirer le meilleur parti. Parler, dans son cas, de « collaboration avec l'ennemi » serait cependant un anachronisme. Théodoric, en effet, ne s'était pas substitué à un pouvoir romain légitime, mais à l'usurpateur Odoacre, lui-même un Barbare. En outre, on nourrissait encore l'idée que le royaume italien des Ostrogoths formait un seul corps avec l'empire romain d'Orient, dont il était comme une émanation et un reflet. De fait, l'ordre maintenu en Italie et la relative modération du souverain tranchaient sur un Occident tantôt en voie de décomposition et tantôt soumis à des tyrannies brutales.

On s'explique alors le ton et le contenu des douze livres de Variae qui rassemblent les ordonnances et les décrets que Cassiodore avait rédigés au nom de Théodoric et de ses successeurs : lieux communs et ornements littéraires donnent une couleur antique à la correspondance officielle des souverains ostrogoths. Sous ces ornements, on discerne le programme d'une symbiose harmonieuse entre la population romaine et les envahisseurs germaniques. Pour servir le même dessein politique, Cassiodore avait composé une Chronique et surtout une Histoire des Goths, que nous connaissons seulement par un mauvais résumé, rédigé au siècle suivant par l'historien Alain Jordanès. Mais, en Italie, la réalisation de ce programme, compromis par la politique de ségrégation suivie par Théodoric, allait être brusquement interrompue par la reconquête byzantine. Entreprise en 535 par Justinien, celle-ci devait durer plus de vingt ans et ruiner pour longtemps la péninsule.

Dès 540, année où le roi goth Vitigès se rend aux Byzantins, Cassiodore ne pouvait se faire aucune illusion sur le naufrage de sa politique et sur le sort de l'Italie. Depuis longtemps déjà, il semble avoir aspiré à une vie de retraite et de contemplation. Il avait même manifesté du goût pour les problèmes de philosophie et de théologie en écrivant un De anima qui nous est parvenu. Il fonde donc sur ses terres de Squillace le monastère de Vivarium, qu'il aménage en grand seigneur et dont il nous fait une description complaisante : des jardins bien irrigués, le voisinage d'un fleuve poissonneux et la proximité de la mer fournissent aux moines une nourriture variée et leur permettent une large hospitalité ; des piscines recueillant les eaux de sources pures procurent des bains salutaires aux malades et aux infirmes. Mais ce ne sont là que commodités accessoires. Le centre de l'existence monastique, c'est la lecture et la méditation de la Bible. Cassiodore se soucie donc d'offrir à ses moines la formation qui leur permettra d'aborder avec fruit le texte sacré. Jadis, encore au service de l'État, il avait agité l'idée d'une sorte d'université chrétienne, analogue au didascalée [...]

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  • : docteur ès lettres, professeur à l'Université libre de Bruxelles

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Hervé SAVON, « CASSIODORE (485 env.-env. 580) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cassiodore/