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CANCIONEROS

Caractères poétiques généraux

Peut-on discerner des lignes générales ou une évolution dans cette importante et fort inégale production lyrique qui va du Cancionero de Baena au début du xvie siècle ?

Deux tendances se manifestent dans le Cancionero de Baena, illustrées essentiellement par deux poètes : le premier, Alfonso Alvarez de Villasandino, est un poète quémandeur, bohème, qui sait manier la flatterie et la satire ; le second, Micer Francisco Imperial, introduit en Espagne la poésie allégorique de Dante. On peut également diviser en deux groupes les genres poétiques du Cancionero de Baena  : d'un côté, les Cantigas, à forme fixe, pièces courtes faites pour être chantées ; de l'autre les Decires, pièces strophiques plus longues, du genre lyrico-narratif, indépendant de la musique et fait pour être dit. Les Cantigas chantent l'amour ou la dévotion à la Vierge. Les Decires, sans oublier l'amour, se rapportent surtout aux événements quotidiens, ils sollicitent, enseignent, font demandes et réponses. C'est dans les Decires qu'apparaissent la mythologie et l'allégorie. La strophe favorite semble y être le huitain à trois rimes, du type a-b-b-a a-c-c-a.

Dans les Cancioneros de Estúñiga ou ceux de la fin du xve et du début du xvie siècle, on rencontre peu de thèmes nouveaux, mais quelques transformations apparaissent cependant. « Ce qui frappe, c'est le ton plaintif et précieux de la poésie subjective, et, d'autre part, le caractère de plus en plus érudit, parfois même humaniste, de la poésie sérieuse » (P. Le Gentil). Dans les dits moraux, philosophiques ou religieux, dans les couronnements, éloges et visions, les tendances savantes déjà notées chez Impérial s'accentuent et se manifestent par exemple dans le goût de l'allégorie. Les vieux genres à forme fixe semblent connaître un regain de faveur. À l'exemple du marquis de Santillana, on apprécie la poésie populaire et simple, on glose de vieux refrains. La vieille cantiga prend désormais le nom de canción ou de villancico(ces chansons se composent d'un refrain suvi d'une ou de plusieurs strophes, divisées chacune en deux parties. La première est indépendante et la deuxième liée au refrain). La canción est en général plus courte et plus savante, le villancico plus long et plus populaire. L'origine de ce genre (apparenté au virelai) constitue un problème fort ardu, qui partage tenants d'une origine liturgique et partisans d'une origine islamique. Juan de Mena et le marquis de Santillana sont les deux grands poètes qui ouvrent cette nouvelle période, où s'harmonisent l'italianisme et le goût pour la chanson. Ces chansons d'ailleurs n'étaient point toujours chantées, mais, comme le montre le Cancionero musical, elles étaient les seules à être mises en musique. Aux poètes musiciens qui composaient eux-mêmes la mélodie de leurs chansons ont succédé des poètes de cour, élégants amateurs qui ne sont plus des gens de métier. Ils ne peuvent composer eux-mêmes la mélodie de leurs chansons et laissent ce soin à des professionnels, ce qui explique que, chez eux, la chanson soit moins intimement liée à la musique.

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Écrit par

  • : maître assistant, agrégée à l'université de Paris-X-Nanterre

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ENCINA JUAN DEL (1469-1529)

    • Écrit par Universalis
    • 443 mots

    Poète, compositeur et auteur dramatique, Juan del Encina est le premier dramaturge important dans l'histoire du théâtre espagnol, dont il est souvent appelé le patriarche. Il fait ses études à Salamanque, où il remplira par la suite la charge du maître de chapelle de la cathédrale. En 1492, il...

  • FERRÚS PEDRO (XVe s.)

    • Écrit par Daniel DEVOTO
    • 35 mots

    Poète espagnol, l'un des plus anciens parmi ceux qui figurent dans le Cancionero de Baena (1445 env.) ; les compositions de Ferrús font souvent allusion aux personnages du cycle breton.

  • HERRERA FERNANDO DE (1534-1597)

    • Écrit par Bernard SESÉ
    • 639 mots

    Poète espagnol, surnommé « le Divin », Fernando de Herrera est avant tout le chef de file de l'école de Séville que l'on distingue de l'école de Salamanque, dont Fray Luis de León est la figure éminente. Le sentiment patriotique caractérise l'école andalouse, tandis que le...

  • MANRIQUE JORGE (1440-1478)

    • Écrit par Bernard SESÉ
    • 417 mots

    Neveu de Gómez Manrique, fils du comte Rodrigo de Paredes, qui fut maître de l'ordre de Calatrava, Jorge Manrique participa, sous le règne du roi Henri IV, aux luttes politiques contre les ennemis d'Isabelle la Catholique. Hernando del Pulgar a laissé le récit de sa mort glorieuse devant le château...

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Voir aussi