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BANQUET RITUEL

Banquet appartenant à la catégorie des repas totémiques, des sacrifices mangés et des cérémonies de communion.

Selon Freud, le banquet rituel serait la reproduction et la fête commémorative d'un événement historique, à savoir le « parricide primitif » (meurtre du père de la horde par ses fils jaloux). Au cours de ce repas, les fils se réconcilient rétrospectivement avec le père offensé. En consommant la chair de l'animal-totem, symbole du père, ils renforcent leur identité à celui-ci et leur identité entre eux. Ils accomplissent rituellement, c'est-à-dire selon des règles, ce qu'ils s'interdisent en dehors de la cérémonie : l'incorporation du totem (qui symbolise l'impulsion d'Œdipe, la tendance à tuer le père pour épouser la mère) ; ils démontrent ainsi que ce qui est prohibé en temps ordinaire (comme expression de leur culpabilité et de leurs regrets) devient permis et même obligatoire dans certaines conditions définies, sous le signe du sacré (la culpabilité étant ambivalente comme tout sentiment d'angoisse, on passe de la répression qu'est le tabou à la réalisation de la tendance réprimée, mais cette réalisation n'est que symbolique : c'est elle qui serait l'essence du sacrifice).

Les auteurs non freudiens ne croient pas nécessaire de faire appel au meurtre du père. Ils expliquent le banquet rituel comme simple désir de participer à la puissance du père ou des ancêtres. La communion est un moyen de s'assimiler ce qu'on souhaite le plus : un surcroît de force et de vitalité. La médiation de l'animal consommé (le totem, emblème du clan) atteste qu'on entend préserver la transcendance du père ou des ancêtres, dont la victime n'est qu'un représentant. Tous les sacrifices-communion conservent ce double trait (même dans les cas où c'est un dieu qui prend la place et joue le rôle du père) : d'une part, il y a toujours un substitut, une médiation ; d'autre part, à travers le substitut, c'est bien à quelque chose de transcendant qu'on communie. Le banquet rituel est donc à la fois symbolique et efficace : par un détour expressif, mais respectueux, il permet de s'unir soit au père (ou aux ancêtres), soit à la divinité.

— Henry DUMÉRY

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Écrit par

  • : professeur de philosophie à l'université de Paris-X-Nanterre

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • AFRIQUE NOIRE (Culture et société) - Religions

    • Écrit par Marc PIAULT
    • 9 619 mots
    • 1 média
    ...victime offert aux dieux, ainsi que certaines parties de l'animal, leur permet de communier en quelque sorte avec les hommes, qui consomment les viandes en banquets rituels où chacun reçoit une part précise, correspondant à son âge et à sa place dans les différentes hiérarchies de la société. C'est par cette...
  • BANTOU

    • Écrit par Luc de HEUSCH
    • 8 112 mots
    • 4 médias
    ...où la relation avec les ancêtres est marquée par une forte tension. On est loin ici de la joyeuse intimité des morts et des vivants qui caractérise le banquet sacrificiel des Zulu. La cuisine rituelle instaure une séparation spatiale entre les uns et les autres. Les habitants du village organisateurs...
  • CANNIBALISME

    • Écrit par Nicole SINDZINGRE, Bernard THIS
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    ...en ingérant les parties du corps d'une personne, dans l'acte de dévoration, on s'approprie aussi les propriétés qui ont appartenu à cette personne ». En reprenant les idées de Robertson-Smith sur la fonction du repas sacrificiel comme ciment de l'unité du groupe, Freud soutenait qu'« un jour les frères...
  • GROUPE DYNAMIQUE DE

    • Écrit par Didier ANZIEU
    • 3 624 mots
    ...possession des femelles et chassait ses fils en âge de devenir ses rivaux. Les frères s'unissent un jour pour procéder ensemble au meurtre du père et au festin où ils se partagent son corps. Cette communion totémique réalise l'identification au père mort, redouté et admiré, c'est-à-dire devenu la loi ...
  • Afficher les 7 références

Voir aussi