HONNETH AXEL (1949- )

Axel Honneth est né le 18 juillet 1949 à Essen. Professeur à Francfort-sur-le-Main et à l’université Columbia de New York, il représente la troisième génération de la Théorie critique, baptisée « école de Francfort », après le retour d’exil de ses fondateurs, Max Horkheimer et Theodor W. Adorno. Il dirige également l’Institut de recherches sociales de Francfort, héritier de l’institut dirigé dans les années 1930 par Horkheimer.

Un nouveau regard sur la société

Le premier grand ouvrage d’Axel Honneth, Kritik der Macht (1985), affronte d’emblée la nécessaire actualisation de la « théorie critique de la société », rendue urgente par l’évolution sociale, politique et idéologique des années 1980-1990. Il remonte à « l’idée initiale de Horkheimer », en constate les « déficits », et prend acte du « tournant de la philosophie de l'histoire » que représente Dialectique de la raison (1947), d’Adorno et Horkheimer. Il se tourne non seulement vers Adorno et vers Jürgen Habermas, mais aussi, de façon plus inattendue dans le contexte philosophique allemand de l’époque, vers Michel Foucault : « Tant la théorie du pouvoir que Foucault a fondée au moyen d'investigations historiques que la théorie de la société deHabermas, sous la forme d'une fondation de la théorie de l'agir communicationnel, peuvent être considérées comme des tentatives pour réinterpréter le processus de la “dialectique de la raison” analysé par Horkheimer et Adorno. »

L’idée qui se dessine d’emblée est qu’à côté et en complément de l’a priori habermasien d’une communauté idéale de communication, il faut développer une théorie des rapports sociaux et de pouvoir « asymétriques », en termes de statut ou d’égalité matérielle, qui s’expriment entre autres sous la forme des luttes sociales. Il ne s’agit pas pour autant de voir dans ces rapports, comme tendent à le faire Adorno et Foucault, uniquement des complexes de pouvoir fonctionnant de façon autoritaire. Honneth, beaucoup plus que Habermas, inclut d’emblée dans son diagnostic les données concrètes de la transformation du modèle communicationnel de l'action sur lequel Habermas fonde sa théorie de la société. Parallèlement à l’Institut de recherches sociales, qui définit son objet d’investigation, la société civile, comme « la sphère de l'espace public dans laquelle les individus victimes de discrimination commencent à agir de façon communicationnelle et à revendiquer des droits », Honneth oriente sa réflexion vers les phénomènes de distorsion, voire de déni, de cette quête de reconnaissance des droits. Depuis Kampf umAnerkennung (La Lutte pour la reconnaissance, 2000), et dans les essais qu'il a réunis en 2000 sous le titre DasAndere der Gerechtigkeit (L’Autre de la justice, recueil partiellement traduit), il affirme sa volonté de partir des interactions communicationnelles réelles. L’ambition est de doter la Théorie critique d’un modèle théorique permettant de comprendre les nouvelles formes de socialisation et de désocialisation. Car, « derrière la façade d’intégration du capitalisme avancé peut fort bien se cacher un champ de conflits moraux et pratiques dans lesquels les anciens affrontements de classes se reproduisent sous des formes nouvelles, socialement contrôlées pour une part, individualisées à l'extrême pour une autre ». La quête de reconnaissance sociale (sozialeWertschätzung) permet d'expliquer des phénomènes réactifs comme le « vote protestataire » ou encore les replis sur des identités de bandes ou de ghettos.

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Pour citer cet article

Gérard RAULET, « HONNETH AXEL (1949- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL :

Autres références

  • RECONNAISSANCE, sociologie

    • Écrit par Wenceslas LIZÉ
    • 934 mots

    La notion de reconnaissance doit une part de son succès à l’omniprésence des phénomènes qu’elle désigne dans le fonctionnement du monde social. Pour saisir simplement cette notion particulièrement labile, on peut dire que la reconnaissance a lieu à chaque fois qu’un individu, un groupe...

Voir aussi