HONNETH AXEL (1949- )

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Les sphères de reconnaissance

Ce changement de paradigme conduit à ne plus concevoir l’agir communicationnel seulement sous l’aspect de l'entente rationnelle mais au sens des conditions de reconnaissance. Il a aussi des implications importantes quant au rapport de la Théorie critique au marxisme et, plus globalement, à l’articulation entre une philosophie morale et politique avec une philosophie sociale. Axel Honneth ne réduit jamais le déni de reconnaissance ou le mépris à une simple conséquence du capitalisme. Dans son essai publié en 2005, Verdinglichung : eine anerkennungstheoretische Studie (La Réification. Petit traité de théorie critique, 2007) il estime que György Lukács a eu tort, dans Histoire et conscience de classe (1923), un ouvrage qui a joué un rôle considérable pour les fondateurs de la Théorie critique, de réduire la réification à un effet du capitalisme et de la marchandisation du monde. On ne doit pas penser la contestation ou la critique sociale en termes de motivation utilitaire, maximisation de sa situation ou de ses ressources financières, mais en termes de reconnaissance.

C’est après avoir réalisé cela qu’Honneth, en 1992, est retourné à Hegel avec Kampf um Anerkennung, estimant par là s’inscrire dans la tradition de la Théorie critique. Il entend montrer que la société contemporaine, comme toutes les sociétés du reste, est organisée selon des sphères de reconnaissance, par lesquelles leurs membres ont la possibilité d’accéder à une reconnaissance mutuelle. Au-delà de Hegel, il s’appuie sur la psychologie sociale de George Herbert Mead et la psychanalyse de Donald Winnicott. Chez Mead, il retrouve l’idée, au plan ontogénétique, qu’on peut développer une conscience de soi qu’à la condition d’une reconnaissance mutuelle. Ce qui veut dire que c’est seulement dans le miroir de l’autre que nous pouvons réaliser notre propre conscience et notre propre identité. Le développement humain dépend de ces formes de reconnaissance mutuelle.

Axel Honneth distingue trois sphères de reconnaissance nécessaires pour la réalisation de soi dans les sociétés modernes. Une sphère totalement nouvelle lorsqu’on regarde les choses dans une perspective historique est la sphère de l’amour : la vie privée dans laquelle les gens sont autorisés à se reconnaître en fonction de leurs besoins spécifiques. Elle repose sur les liens affectifs unissant une personne à un groupe restreint. S’appuyant sur les travaux de Winnicott, Honneth insiste sur l’importance de ces liens affectifs dans l’acquisition de la confiance en soi, indispensable à la participation à la vie sociale. Dans les sociétés antérieures, cette sphère n’était pas libre d’autres contraintes, d’autres intérêts. La deuxième sphère est juridico-politique. Elle correspond historiquement au marché, bien que ce dernier ne soit qu’un aspect du phénomène de respect légal qui s’instaure alors : reconnu comme sujet de droits et de devoirs, l’individu peut comprendre ses actes comme une manifestation, respectée par tous, de sa propre autonomie. En cela, la reconnaissance juridique est indispensable à l’acquisition du respect de soi. Cette rupture historique a marqué l’établissement d’une sphère de reconnaissance mutuelle qui va au-delà du respect légal, car le marché n’en constitue qu’une partie. Garantie par le droit moderne, elle permet à chacun de se reconnaître mutuellement comme une personne autonome, mais elle recouvre aussi un conflit permanent pour savoir qui est inclus ou exclu, comment mettre en accord les droits subjectifs et les droits positifs. La troisième sphère est celle de la reconnaissance sociale, qui permet aux individus de se rapporter positivement à leurs qualités particulières, à leurs capacités concrètes. L’estime sociale, propre à cette sphère, est indispensable à l’acquisition de l’estime de soi ; dans cette sphère les gens sont supposés se reconnaître mutuellement pour leurs capacités respectives. Si elle constitue du même coup une espèce de cadre idéal, il est clair que sont problématiques les formes d’organisation économico-politiques qui interdisent de telles formes de reconnaissance mutuelle.

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  • Wenceslas LIZÉ
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La notion de reconnaissance doit une part de son succès à l’omniprésence des phénomènes qu’elle désigne dans le fonctionnement du monde social. Pour saisir simplement cette notion particulièrement labile, on peut dire que la reconnaissance a lieu à chaque fois qu’un individu, un groupe ou une institution valide une identité revendiquée par autrui (celle d’« artiste », par exemple) ou le crédite d […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Gérard RAULET, « HONNETH AXEL (1949- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/axel-honneth/