ANTICYCLONES
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Types de temps liés aux anticyclones
La présence d’une situation anticyclonique agit fortement sur le temps observé à un instant donné, au-dessus d’une région déterminée. Dans le cas des anticyclones permanents ou quasi permanents, c’est la climatologie de cette même région qui est touchée, avec une forte répercussion sur les modes de vie, l’agriculture, l’économie, etc.
Anticyclones et beau temps
La présence de courants descendants au sein des anticyclones pousse de l’air des couches supérieures vers des altitudes de plus en plus basses, où la pression est de plus en plus forte. Comprimé, cet air se réchauffe progressivement et s’assèche, donnant le plus souvent des ciels clairs relativement dépourvus de nuages. Nous ne prenons pas ici en compte le cas des zones de hautes pressions associées aux orages, qui sont de petites dimensions, de courtes durées et le plus souvent couvertes de précipitations.
Ainsi, les conditions anticycloniques sont-elles généralement interprétées comme un signe de beau temps. Ce qui explique que les stations météo amateurs associent directement la hausse de pression à l’arrivée du beau temps et sa baisse à des épisodes de pluie. Évidemment, cette méthode n’est pas infaillible, car toute hausse de pression peut n’être que temporaire et rapidement suivie d’une forte baisse accompagnée, elle, de mauvais temps.
Une autre caractéristique des anticyclones est la présence d’un gradient de pression horizontal généralement faible, ce qui correspond donc à des isobares peu resserrées et à des vents relativement faibles.
Si les conditions anticycloniques sont ainsi le plus souvent accompagnées de ciels ensoleillés, calmes et peu ventés, il paraîtrait cependant inapproprié de dire qu’elles sont forcément synonymes de beau temps clément, car leur persistance peut parfois induire des situations météorologiques ou climatiques difficiles, voire catastrophiques.
Anticyclones et pollution atmosphérique
La faiblesse des vents horizontaux et la présence de courants d’air descendant qui accompagnent les anticyclones ont tendance à maintenir près du sol la pollution atmosphérique générée par les usines, les véhicules automobiles, les systèmes de chauffage, etc. Ce phénomène est particulièrement marqué lorsque des conditions anticycloniques persistent pendant quelques jours au-dessus de grandes zones industrielles ou de grandes agglomérations encaissées comme Paris et Grenoble. La concentration des polluants peut alors rendre l’atmosphère difficilement respirable et présenter un danger pour la population, et plus particulièrement pour les enfants en bas âge et les personnes asthmatiques. D’après l’Agence européenne de l’environnement (AEE), la pollution de l’air causerait chaque année, au sein de l’Union européenne, près de 500 000 décès prématurés rien que chez les moins de soixante-cinq ans.
Anticyclones et sécheresses
En raison de la présence d’air sec et de ciels dégagés, les anticyclones permanents maintiennent des conditions de très sévère sécheresse sur les régions polaires (Antarctique, Arctique…) et sur les ceintures tropicales (Sahara, Arabie, Kalahari) où se trouvent les plus vastes zones désertiques de la planète. Dans ces régions, les conditions de vie sont particulièrement rudes (sols asséchés, rares réserves en eau, faibles rendements agricoles, dégradation des bâtiments et ouvrages d’art, forts risques de feux de forêt…). Des conditions qui peuvent aussi concerner les régions tempérées lorsqu’un anticyclone s’y installe pendant une longue période.
Anticyclones et canicules
Dans les régions tropicales, comme dans les régions tempérées en période estivale, de fortes chaleurs s’installent lorsque, sous l’influence d’une situation anticyclonique, le ciel reste dégagé pendant de longues périodes.
Si de telles situations, associant canicule et forte sécheresse, sont assez fréquentes dans les régions intertropicales, les régions tempérées ne sont pas pour autant épargnées. La France métropolitaine a ainsi régulièrement connu des étés caniculaires comme ceux survenus pendant les années 2015, 2017, 2018, mais surtout 2003.
Pendant l’été 2003, l’Europe a en effet subi une situation particulièrement dramatique, provoquée par la présence prolongée, au-dessus de sa partie occidentale, d’un puissant anticyclone faisant obstacle à l'arrivée de dépressions atlantiques, sources de précipitations. Avec des températures situées régulièrement au-dessus de 40 0C (on a pu enregistrer 42,6 0C à Orange et 41,9 0C à Carpentras, dans le Vaucluse, et 40,5 0C à Brive, en Corrèze…) et un fort déficit pluviométrique, cette canicule a eu des effets désastreux : plus de 30 000 morts parmi les personnes âgées en Europe. Pour la France, pays le plus touché, on a compté un excès de 14 800 décès par rapport à la moyenne des mois d’août précédents, soit une augmentation de 60 p. 100 par rapport à la mortalité attendue (d’après l'Institut national de la santé et de la recherche médicale – INSERM). Les dommages ont été considérables : plus de 25 000 feux de forêt en Europe, des écosystèmes aquatiques et des glaciers gravement touchés, des maisons, des monuments et des ouvrages d’art fissurés, des coupures d'énergie, une diminution de la production agricole... Des dégâts dont le coût total aurait dépassé 13 milliards d'euros d’après le Programme des Nations unies pour l'environnement.
De telles situations pourraient devenir chose courante si les régions arctiques continuent de se réchauffer plus rapidement que les régions équatoriales, réduisant ainsi le contraste thermique entre ces régions et favorisant l’extension de l’anticyclone des Açores vers des régions plus septentrionales.
Anticyclones, brouillards et grands froids
Comme chacun peut régulièrement le constater, les nuits claires sont généralement les plus froides. Aucune couverture nuageuse ne retenant le rayonnement terrestre, le sol et les basses couches de l'atmosphère se refroidissent plus rapidement. Si ce refroidissement est suffisant pour que la température de l’air descende en dessous de la température du point de rosée, l’air se sursature en humidité. Une partie de la vapeur d'eau condense alors sur le sol et les plantes sous forme de rosée ou de gelée blanche, et dans l’atmosphère sous forme de brouillards ou de nuages bas composés de gouttelettes d’eau ou de cristaux de glace. Ce type de brouillard, dit brouillard de rayonnement, est fréquemment observé dans des conditions anticycloniques, le plus souvent au-dessus de sols humides ou de grandes étendues d'eau. La visibilité est alors fortement réduite et de nombreux secteurs d’activité sont perturbés, ainsi les transports routiers, aéronautiques ou maritimes. Sur les routes, de telles conditions sont souvent le théâtre de nombreux carambolages particulièrement meurtriers. Cette situation est prévisible la nuit ou lorsque le rayonnement solaire est limité (en hiver par exemple) sur les zones humides, lorsqu’on prévoit une situation anticyclonique.
Le même type de phénomène peut aussi se produire le jour, en situation hivernale, lorsque le rayonnement solaire plus ou moins rasant et de courte durée ne parvient plus à compenser les pertes d’énergie associées au rayonnement terrestre. La situation peut devenir préoccupante lorsqu’elle persiste plusieurs jours, voire devenir dramatique si elle intervient sur un sol enneigé qui réfléchit vers l’espace une grande partie du rayonnement solaire. De telles conditions donnent lieu à des hivers très rigoureux comme on peut régulièrement les observer sur de vastes territoires tels que la Sibérie ou l’Amérique du Nord.
En Europe occidentale, la plupart des grands froids surviennent lorsqu’un couplage entre anticyclones et dépressions dirige vers cette région l’air froid des régions polaires ou du plateau sibérien.
En janvier 1985, la France a été ainsi frappée par une vague de froid intense. Après quelques épisodes neigeux, un flux de nord à nord-est s’est mis en place sous l’influence simultanée de dépressions s’étendant de l’est de l’Europe à la Méditerranée et d’une puissante zone anticyclonique couvrant à la fois le nord de l’Atlantique, les pays scandinaves, la Grande-Bretagne et une partie de la France. Ce flux ramenant sur l’ouest de l’Europe de l’air glacé provenant de l'Arctique et du nord de la Russie, les températures ont rapidement chuté. Des records de froid ont alors été enregistrés un peu partout dans l'Hexagone générant d’importants dégâts et une surmortalité évaluée à près de 9 000 décès. On a ainsi relevé – 23,5 0C à Bâle-Mulhouse, – 20,3 0C à Lyon, – 20 0C à Montauban, – 19,8 0C à Mont-de-Marsan, – 16,4 0C à Bordeaux… Le 16 janvier 1985 est la journée la plus froide jamais observée en France métropolitaine, à égalité avec le 2 février 1956.
Pendant deux longues semaines (du 3 au 17 janvier), la plupart des cours d’eau et des canalisations sont restés gelés, les routes enneigées ou verglacées, l’activité économique considérablement ralentie. La végétation et les cultures ont subi d’importants dégâts entraînant une flambée des prix des fruits et légumes.
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Écrit par
- Jean-Pierre CHALON : ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts honoraire
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Voir aussi
- SÉCHERESSE
- RAYONNEMENT SOLAIRE
- CIRCULATION ATMOSPHÉRIQUE GÉNÉRALE
- AÇORES ANTICYCLONE DES
- TROPOSPHÈRE & TROPOPAUSE
- STRATOSPHÈRE & STRATOPAUSE
- TEMPÉRATURE, météorologie et climatologie
- CONDENSATION, météorologie
- ALIZÉS
- SÉCURITÉ SANITAIRE
- COURANTS MARINS
- GULF STREAM
- COURANTS & CONTRE-COURANTS ÉQUATORIAUX
- ALTITUDE
- CIRCULATION OCÉANIQUE
- CANICULE
- RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE
- HADLEY CELLULE DE
- EL NIÑO
- POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE ou POLLUTION DE L'AIR