ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949)République fédérale d'Allemagne jusqu'à la réunification

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Forces et contre-forces

Le poids du passé

Les voix recueillies par l'extrême droite montrent que le passé n'avait pas été entièrement dominé, malgré la montée des générations nouvelles, dont le mode de vie et les préoccupations étaient, dans l'ensemble, tout à fait semblables à ceux des jeunes des autres pays occidentaux. Sauf installation permanente d'un système de contrainte, il était inévitable que des nostalgiques du passé demeurent, d'autant plus que la dénazification, mal conçue et mal effectuée, a laissé bien des traces. De plus, les réticences des contemporains du régime hitlérien entraînent souvent des ignorances chez les plus jeunes. Il est vrai que présenter des actes barbares commis au nom de son pays est moins aisé qu'on ne le croit hors d'Allemagne.

Le réarmement a également rendu plus difficile la tâche des « pédagogues de la démocratie ». Le renversement de politique a été terriblement brutal. Les premiers projets d'une contribution allemande à la défense de l'Europe ont été discutés à un moment où le vol à voile et l'escrime étaient encore interdits comme activités « militaristes ». Même en les sélectionnant soigneusement, ce qui fut fait, il fallait bien faire appel à des généraux qui, quels qu'aient été leurs sentiments, avaient servi Hitler. Mais un effort sérieux a été accompli pour que l'armée fût fondée sur la notion de « citoyen en uniforme ». Cet effort s'insérait dans un ensemble : gouvernement, syndicats, Églises, mouvements de jeunesse, universités populaires, presse et radiotélévision n'ont cessé de contribuer à la formation civique, laquelle comprend la connaissance du nazisme.

En fin de compte, chaque année qui s'écoule dans la stabilité politique et la réussite économique constitue une étape vers une élimination définitive des poisons du passé. De plus, les couches sociales qui avaient fourni la masse des partisans hitlériens sont en voie de transformation, sinon de disparition. La société industrielle de la République fédérale ne fait plus qu'une place très réduite à une petite bourgeoisie luttant à la fois contre les trusts, qui la prolétarisent, et les « rouges », qui ne veulent la défendre qu'en la dissolvant dans une masse qu'elle méprise. De plus, les Allemands savent qu'ils appartiennent à une puissance de second rang : les rêves de domination sont bien morts. Le rapport au passé reste cependant un thème difficile. Le quarantième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale est commémoré avec dignité, notamment avec le discours du président de la République, Richard von Weizsäcker. Quelques jours plus tôt, le président américain, Ronald Reagan, et le chancelier Kohl provoquent de violentes critiques en se rendant au cimetière militaire de Bitburg (dans l'Eifel) où, parmi les centaines de tombes, se trouvent quelques soldats de la Waffen-S.S. Toute une polémique éclate au milieu des années 1980 entre les historiens allemands sur la singularité des crimes nazis et sur l'opportunité de les comparer à ceux commis en d'autres lieux et en d'autres temps (notamment les crimes de Staline). Le président du Bundestag, Philipp Jenninger, C.D.U., doit démissionner le 11 novembre 1988 pour avoir tenu un discours maladroit à l'occasion du cinquantième anniversaire de la Nuit de cristal, au cours de laquelle les nazis s'en prirent violemment aux juifs, faisant brûler leurs magasins et leurs synagogues.

L'action combinée de la volonté politique et du temps a éliminé également les problèmes nés d'un passé plus récent : celui des réfugiés. Environ huit millions d'Allemands, expulsés de l'Europe centrale et orientale ainsi que des régions situées à l'est de la ligne Oder-Neisse, se sont installés sur le territoire de la République fédérale dans l'immédiat après-guerre. À partir de 1949, trois autres millions s'y sont ajoutés : ils fuyaient le régime communiste jusqu'à ce que, le 13 août 1961, l'érection du Mur de Berlin interrompe ce « plébiscite avec les pieds ». Grâce au développement économique, dont ils ont été un élément moteur, grâce aussi à de nombreuses mesures efficaces comme la « péréquation des charges », l'intégration des expulsés a peut-être été la réussite la plus éclatante de la République fédérale. Les gouvernements successifs ont eu tendance à accorder trop d'importance aux organisations qui prétendaient parler au nom des expulsés et se réclamaient du « droit au pays natal », alors que leur audience réelle était faible. Peu à peu, cependant, leur influence se réduit aux dimensions de leur représentativité effective. La détente dans les rapports Est-Ouest depuis 1987 a provoqué une augmentation rapide des autorisations de départ accordées par les pays d'Europe de l'Est à leurs ressortissants de souche allemande. Des centaines de milliers de personnes ont été accueillies en république fédérale d'Allemagne.

Patronat et syndicats

À trois reprises, l'Allemagne a connu un système d'économie dirigée : sous Hitler, pendant l'occupation des vainqueurs, et en R.D.A. À trois reprises ce système est allé de pair avec une dictature politique. Il n'est donc pas étonnant que libéralisme économique et libertés publiques et privées se soient trouvés liés dans l'idéologie de la République fédérale, idéologie largement commune aux socialistes et aux chrétiens-démocrates, au patronat et aux syndicats.

La Confédération allemande des syndicats (Deutscher Gewerkschaftsbund, D.G.B.) est née, en Allemagne fédérale, en octobre 1949. Il s'agit d'un syndicalisme unitaire et puissant ; toutefois, la croissance fort lente du nombre des adhérents (7,7 millions en 1988 contre 5 millions en 1949, alors que le nombre des salariés a augmenté dans une tout autre proportion) traduit une certaine désaffection à son égard. Ses fédérations sont de taille très inégale, depuis l'immense I.G. Metall avec ses 2,6 millions de membres jusqu'au syndicat des artistes avec 28 500 cotisants. En 1949, la revendication essentielle était celle de la cogestion, celle-ci devant être réalisée au niveau de l'économie nationale comme au sein de l'entreprise. La loi de 1951, obtenue par une menace de grève, ne donne que très partiellement satisfaction au D.G.B. : dans les charbonnages et la sidérurgie, toutes les entreprises de plus de mille salariés sont administrées par un conseil comprenant à la fois cinq représentants du capital et cinq représentants des salariés et dirigées par un directoire de trois membres dont l'un, le « directeur du travail », émane lui aussi des salariés. La loi de 1952 marque [...]

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Fondation de la R.F.A.

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André François-Poncet et Konrad Adenauer, 1951

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John F. Kennedy à Berlin, 1963

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  • : professeur émérite des Universités, Institut d'études politiques de Paris
  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Alfred GROSSER, Henri MÉNUDIER, « ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - République fédérale d'Allemagne jusqu'à la réunification », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/allemagne-politique-et-economie-depuis-1949-republique-federale-d-allemagne-jusqu-a-la-reunification/