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TRAUNER ALEXANDRE (1906-1993)

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Né à Budapest en 1906, dans une famille de commerçants juifs, Alexandre Trauner se destinait à la peinture et s'était déjà acquis une solide réputation dans les milieux artistiques hongrois quand il dut fuir le régime fasciste de Horthy. La rencontre, à Paris, du décorateur de cinéma Lazare Meerson, puis des frères Prévert, est alors décisive : elle l'oriente vers le monde du cinéma, qu'il ne quittera plus. Six années d'apprentissage auprès du maître décorateur des films de René Clair, qui lui enseigne le sens de la stylisation, des volumes et du rapport à l'espace, et c'est – après un galop d'essai pour Marc Allégret, Sans famille, en 1935 – la consécration grâce au tand em Carné-Prévert : « La grande période de ma vie, dira-t-il, celle pour laquelle j'ai le plus d'affection et de nostalgie ». Le Londres d'imagerie populaire de Drôle de drame (1937), les pavés luisants du Quai des brumes (1938), le mythique Hôtel du Nord (id.), la mince et haute façade du Jour se lève (1939), le Moyen Âge lumineux des Visiteurs du soir (1942, film dont il crée aussi les costumes dans la clandestinité, en pleine occupation allemande), le boulevard du Crime des Enfants du paradis et ses tréteaux avoisinants (1945), le métro Barbès des Portes de la nuit (1946), autant de hauts lieux du « réalisme poétique » qui portent sa griffe. De cette glorieuse époque datent aussi l'insolite complexe hôtelier de Lumière d'été de Jean Grémillon (1943), et le caravansérail en folie de Voyage surprise de Pierre Prévert (1946), deux films caractéristiques d'un style à la fois fleuri et rigoureux.

L'après-guerre entraîne Trauner dans le sillage d'Orson Welles, pour l'aventure d'Othello (1952) : c'est à lui qu'on doit l'idée du bain turc, édifié avec les moyens du bord dans une poissonnerie marocaine, pour pallier une subite pénurie de costumes ! On le réclame à Hollywood : il travaille avec Howard Hawks (La Terre des pharaons, 1955), Stanley Donen (Chérie, recommençons, 1960), Anatol Litvak (La Nuit des généraux, 1967), John Huston (L'Homme qui voulut être roi, 1975) et surtout Billy Wilder, qui lui donne carte blanche pour mettre au point, notamment, les perspectives délirantes de La Garçonnière (1960), les Halles d'Irma la Douce (1963) et l'Angleterre victorienne de La Vie privée de Sherlock Holmes (1970). Partout éclate un authentique tempérament de constructeur, doublé d'un visionnaire malicieux, sachant jouer avec les formes, les proportions, et un zeste d'exotisme.

Retour en France dans les années 1970, où, vengeant le dédain dans lequel l'a longtemps tenu la nouvelle vague, Bertrand Tavernier lui confie le soin d'orchestrer la saga africaine de Coup de torchon (1981) et l'évocation de l'âge d'or de Saint-Germain-des-Prés, dans Autour de minuit (1986). On le trouve aussi aux côtés, entre autres, de Joseph Losey, pour Monsieur Klein (1976) et Don Giovanni (1979), de Luc Besson pour Subway (1985), de Claude Berri pour Tchao Pantin (1983) et d'Arthur Joffé pour Harem (1985).

Cinquante ans d'un parcours sans faute, près de quatre-vingts films (sans compter les travaux d'assistant, et nombre de projets avortés, dont subsistent d'admirables maquettes), une stupéfiante unité de ton, à base de simplicité et de fantaisie inventive. Prévert a bien résumé l'art de son ami Alexandre Trauner en parlant d'« architecture imaginaire / de rêves de plâtras de lumière et de vent ».

— Claude BEYLIE

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Écrit par

  • : docteur ès lettres, professeur émérite à l'université de Paris-I, historien du cinéma

Classification

Pour citer cet article

Claude BEYLIE. TRAUNER ALEXANDRE (1906-1993) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 25/03/2009

Autres références

  • VOYAGE À TRAVERS LE CINÉMA FRANÇAIS (B. Tavernier)

    • Écrit par
    • 1 157 mots
    • 1 média
    Le jour se lève permet à un grand décorateur, Alexandre Trauner, de se mettre en valeur. Contre les producteurs et dans l’intérêt du film, il bâtit un décor au sommet duquel il installe l’ouvrier suicidaire interprété par Gabin. L’analyse de séquence montre à la fois l’art de Carné et celui de...