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BERRI CLAUDE (1934-2009)

Pendant plusieurs dizaines d'années, Claude Berri fut une des personnalités les plus en vue du cinéma français. Juge et partie à tous les niveaux, tant politique que productif, professionnel ou artistique, il fut de tous les débats. Lors des discussions du G.A.T.T., il fit de son film Germinal (1992) un symbole de l'« exception culturelle » et, grand amateur d'art contemporain, fit entrer la peinture à la Cinémathèque française quand il en devint président en 2003. Caractère atypique, parfois brutal dans ses relations humaines, Berri pouvait passer de confessions doloristes à un exhibitionnisme audacieux (ainsi sa prestation dans Stan le flasher, Serge Gainsbourg, 1990). Et quand on attendait des révélations fracassantes de la publication de ses Mémoires, il livra un bel essai de grande valeur littéraire (Auto-portrait, 2004).

Né en 1934, Claude Langmann (dit Berri) joue quelques petits rôles (Janine,Maurice Pialat, 1961) puis réalise un court-métrage, Le Poulet (1963), oscar à Hollywood. Son premier long-métrage, Le Vieil Homme et l'enfant (1966) remporte un succès critique et commercial. Michel Simon y campe un inoubliable grand-père antisémite qui se prend d'affection pour un petit juif dans la France occupée. Suivent alors des films à caractère plus ou moins autobiographique qu'il interprète parfois lui-même. Toutes les phases de l'existence sont abordées (Mazel Tov ou le mariage, 1968 ; Le Pistonné, 1969 ; Le Cinéma de papa, 1970 ; Sex-shop, 1972 ; Le Mâle du siècle, 1974 ; La Première Fois, 1976 ; Un moment d'égarement, 1977 ; Je vous aime, 1980). Il s'agit d'œuvres attachantes, réalisées très simplement et qui valent ce que valent les situations et les personnages.

Sa rencontre avec Coluche (Le Maître d'école, 1981) l'amène à quitter le registre de la comédie dramatique. Tchao pantin (1983) dans lequel un pompiste alcoolique se prend d'amitié pour un petit trafiquant de drogue sera le meilleur film du comique, devenu émouvant, et de son réalisateur. Berri se consacre ensuite à l'adaptation soignée et spectaculaire du patrimoine littéraire (Marcel Pagnol : Jean de Florette et Manon des sources, 1986 ; Marcel Aymé : Uranus, 1990 ; Émile Zola : Germinal, 1992) et historique (Lucie Aubrac, 1997). Après ces lourdes superproductions populaires, il revient à la légèreté plus personnelle de ses débuts : La Débandade (1999), L'un reste, l'autre part (2005), Ensemble, c'est tout (2007), et plus particulièrement Une femme de ménage (2002), qui propose un savoureux face-à-face entre Émilie Dequenne et Jean-Pierre Bacri (double de l'auteur en quinquagénaire dépressif). Le cinéaste meurt pendant la réalisation de son dernier film, Trésor (2009), qui sera achevé par François Dupeyron.

À partir des années 1970, Berri produit ses propres films (Renn Productions). Il va faire fortune d'abord avec la série des Charlots (coproduits avec Christian Fechner) puis les films avec Coluche ou ceux signés Claude Zidi. Il rachète alors la société de distribution A.M.L.F. et se lance en 1978 dans un grand projet : l'adaptation par Roman Polanski de Tess d'Uberville, de Thomas Hardy, avec Nastassja Kinski. Le budget explose et la faillite ne sera évitée que grâce au succès que rencontre la distribution d'Apocalypse Now de F. F. Coppola. Suivra une superproduction de Jean Yanne, Deux Heures moins le quart avant Jésus-Christ (1982). Berri fera toujours le grand écart entre énormes entreprises et petits budgets de films d'auteurs, brassant le pire et le meilleur, succès et fiascos, coproduisant avec de très nombreux partenaires Jean-Jacques Annaud (L'Ours, 1988 ; L'Amant, 1992), Patrice Chéreau (L'Homme blessé, 1983 ; La Reine Margot, 1994), Jacques Demy (Trois places pour le 26, 1987) comme Jacques Doillon, Bertrand[...]

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Écrit par

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • RASSAM JEAN-PIERRE (1942-1985)

    • Écrit par Vincent TOLEDANO
    • 647 mots

    Le producteur Jean-Pierre Rassam fut au début des années 1970 l'une des figures les plus dérangeantes du nouveau cinéma français.

    Né à Beyrouth dans une famille d'origine syrienne, Jeean-Pierre Rassam réussit Science Po puis l'écrit de l'E.N.A., avant d'être recalé à l'oral. « Je n'avais pas...

Voir aussi