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ÂGE DE LA TERRE

La chronologie : une préoccupation chrétienne

Accepté au Moyen Âge aussi bien à Byzance que dans le monde musulman et en Occident, le petit univers d’Aristote centré sur la Terre ne fut pas remis en cause pendant près de deux millénaires. L’éternité du monde fut en revanche vite contestée par les chrétiens parce qu’elle contredisait clairement le tableau biblique de la Création minutieusement brossé par la Genèse. Pour les tout premiers chrétiens, la création du monde n’était cependant encore ni une affaire de dogme ni un problème cosmologique. En tant qu’épisode d’une histoire centrée sur l'Homme, elle était un acte divin dont la réalité ne faisait l’objet d’aucun doute et n’appelait d’ailleurs aucune explication philosophique en étant reléguée à l’arrière-plan par l’Incarnation et la Passion du Christ.

Ce fut au milieu du iie siècle que la question du type de création prit une grande importance dans le cadre de polémiques avec les sectes gnostiques. Celles-ci avaient en effet soulevé un sérieux problème théologique : si toute chose avait une origine divine, comment le Dieu bon des Écritures aurait-il pu être à la source du mal ? Et comme Dieu n’avait pu créer le monde à partir de lui-même, en raison de son indivisibilité et de son immuabilité, la seule façon d’expliquer l’existence du mal était de supposer une création de type platonicien, faite à partir de matière préexistante. Selon différents schémas, il devenait alors possible d’imaginer comment un cosmos manifestement imparfait avait été créé non par Dieu, mais par des êtres célestes de moindre rang qui l’avaient ignoré ou s’étaient rebellés contre lui après que les Cieux eurent été créés.

Pour les chrétiens, ces explications posaient en retour une difficulté considérable puisque la liberté divine n’aurait pas été absolue, mais contrainte par la nature de cette matière informe par rapport à laquelle Dieu n’aurait joui d’aucune prééminence ontologique. Dans son Contre Hermogène, l’apologiste Tertullien (~155-~225) résuma l’ampleur du problème en imaginant une matière éternelle se comparer à Dieu :

« Moi aussi je suis la première, moi aussi je précède toutes les choses, moi aussi je suis la source de toutes les choses ; nous étions égaux, nous existions ensemble, tous les deux, sans début ni fin, tous les deux sans auteur ni dieu. Qui peut me soumettre à un Dieu contemporain et coexistant ? Si c’est parce qu’il s’appelle Dieu, moi aussi j’ai mon propre nom. À moins que je ne sois Dieu et lui la matière, puisque nous sommes tous les deux ce qu’est l’un d’entre nous ? »

La préexistence d’un chaos platonicien devait donc être fermement rejetée comme le justifièrent Tertullien et Tatien l’Assyrien (~120-apr. 173) à Rome ou les évêques Théophile (mort apr. 180) à Antioche et saint Irénée (~130-~208) à Lyon. Indépendamment les uns des autres, ces auteurs transformèrent de la sorte la question cosmologique de la formation du monde soulevée par les gnostiques en un problème théologique : en dépit de leurs arrière-plans différents, leur affirmation commune d’une Création ex nihilo souligna l’unité, la puissance absolue et la liberté absolue de Dieu en évoquant le mystère insondable d’une œuvre dont seule l’origine divine ne faisait aucun doute.

Rapidement, cette thèse d’une Création ex nihilo se diffusa chez les chrétiens en devenant même un de leurs principaux articles de foi. Pour l’étude de la nature, une de ses conséquences les plus notables fut de bouleverser la notion du temps défendue par les écoles grecques. Alors que la Création marquait évidemment son début, le temps acquérait une direction irréversible puisqu’il était impensable de supposer que la Passion du Christ et le Jugement dernier se répéteraient. Ce fut donc ce passage d’un temps de nature[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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