APPIA (A.)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Un spectacle à trois dimensions

Selon Appia, le théâtre se présente comme une synthèse d'éléments : texte, jeu de l'acteur, décor, éclairage, musique, et non comme une synthèse d'arts. De cette distinction procède son indépendance artistique, le théâtre cessant d'être soumis aux exigences d'un art quel qu'il soit, de la littérature en particulier : réaction que l'on retrouvera chez un Baty ou un Artaud. Mais qui dit synthèse dit unité, harmonie. L'élément qui permettra de réaliser l'unité, l'harmonie, sera la musique. Si le théâtre est fait de mouvement, la musique, précisément, est mouvement de deux manières : par son privilège d'exprimer la vie affective, et de se dérouler dans le temps. La musique possède, en outre, par l'intermédiaire du corps de l'acteur, le pouvoir de projeter dans l'espace les sentiments et leur durée. Mais le corps de l'acteur a trois dimensions, son utilisation devant un décor à deux dimensions est contestable. Au décor peint doit se substituer – toujours selon Appia – un dispositif construit, architecturé, constitué d'escaliers et de plates-formes donnant aux mouvements de l'acteur tout leur pouvoir d'expression. Dans cette perspective, Appia écrit : « La composition de l'espace ne disposera que d'un petit nombre de lignes. Ce seront : l'horizontale, la verticale, l'oblique (plan incliné) et leurs combinaisons, tel, par exemple, l'escalier qui offre au corps un genre de complicité à laquelle aucune autre combinaison ne peut prétendre » (Art vivant ou nature morte, catalogues des expositions de théâtre d'Amsterdam, janvier 1922, et de Milan, 1923). Cette conception est à l'origine même du constructivisme et des plantations du théâtre expressionniste, de la tendance architecturale de la scénographie moderne avec des décorateurs et des metteurs en scène comme Gémier, Stanislavski, Meyerhold, Taïroff, Jessner, Copeau, Lee Simonson, et, plus près de nous, Allio et Acquart. À bien des égards, ces mêmes conceptions ont inspiré Wieland Wagner à Bayreuth. Pour Appia, l'éclairage scénique ne doit plus se limiter à rendre visible le décor au détriment de l'acteur. Sa fonction est de mettre en valeur le corps et le visage de l'acteur ; ses pouvoirs dramatiques, éventuellement accrus par des projections, ont été définis avec précision par Appia et ont été exploités après lui par Erler, Reinhardt, Baty et bien d'autres.

Certains des essais d'Appia, et certaines de ses mises en scène écrites, encore inédits, prolongent les développements publiés jusqu'à des limites que les théories les plus audacieuses n'ont pas atteintes. Considérant que le drame antique était un « acte », Appia, avant Artaud et Augusto Boal, exprime avec force le souhait que les spectateurs cessent de se placer « vis-à-vis de l'art pour devenir acteurs et, finalement, faire participer l'art à leur vie ». « Tôt ou tard, écrit-il, nous arriverons à ce que l'on appellera la Salle cathédrale de l'avenir, qui, dans un espace libre, vaste, transformable, accueillera les manifestations les plus diverses de notre vie sociale et artistique, et sera le lieu par excellence où l'art dramatique fleurira avec ou sans spectateur. » Cette conception, qui se relie à celle des grands festivals organisés en Suisse romande, oblige à renoncer à la division entre scène et salle, à l'édifice théâtre pour ne conserver qu'une création et une exécution collectives sur un grand thème social.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  APPIA ADOLPHE (1862-1928)  » est également traité dans :

APPIA (A.) - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Jean CHOLLET
  •  • 434 mots

1862 1er septembre, naissance d'Adolphe, François, Appia à Genève.1880-1890 Études musicales à Genève, Leipzig, Paris et Dresde. En 1882, il se rend pour la première fois à Bayreuth, où il assiste à une représentation de Parsifal.1891-1892 Appia rédige ses premières réflexions, […] Lire la suite

L'ŒUVRE D'ART VIVANT, Adolphe Appia

  • Écrit par 
  • Jean CHOLLET
  •  • 275 mots

Scénographe, metteur en scène, praticien et théoricien suisse, Adolphe Appia (1862-1928), est à l'origine des plus profondes évolutions scéniques du théâtre moderne. Sa réflexion s'amorce en réaction à la représentation du drame wagnérien, qui trahit à ses yeux l'esprit de l'œuvre, par un excès de naturalisme […] Lire la suite

ŒUVRE D'ART TOTALE

  • Écrit par 
  • Philippe JUNOD
  •  • 8 394 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Des arts de la scène »  : […] Or la scène, marquée par l'impact du wagnérisme, ne pouvait manquer d'offrir à ces rencontres un espace privilégié . En 1894, Albéric Magnard (1865-1914) déclarait, dans un article consacré à La synthèse des arts dans la Revue de Paris  : « Le théâtre lyrique est aujourd'hui la forme la plus complète de l'art synthétique et la seule qui permette la fusion du mot, du son, de la couleur. » Appia, […] Lire la suite

SCÉNOGRAPHIE

  • Écrit par 
  • Jean CHOLLET
  •  • 6 523 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Adolphe Appia »  : […] On peut situer l'origine des plus profondes révolutions de la scénographie contemporaine dans les théories développées par le metteur en scène et scénographe suisse Adolphe Appia (1862-1928). À partir de l'étude d'une mise en scène de l'œuvre de Wagner, L'Anneau du Nibelung , il publie deux essais capitaux : La Mise en scène du drame wagnérien (1895) et La Musique et la mise en scène (1899). Il […] Lire la suite

SCÉNOGRAPHIE LYRIQUE

  • Écrit par 
  • Alain PERROUX, 
  • Alain SATGÉ
  •  • 7 228 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Le temps des théories : la critique du naturalisme »  : […] La notion de mise en scène conçue comme organisation globale et unitaire du spectacle d'opéra n'apparaît pas avant le xix e  siècle ; jusque-là, le « machiniste », éventuellement assisté du librettiste et du maître de ballet, règle les changements à vue et les entrées des chanteurs, dont la gestuelle et les déplacements sont déterminés par l'improvisation, par la tradition qui fixe la hiérarchie d […] Lire la suite

THÉÂTRE OCCIDENTAL - Histoire

  • Écrit par 
  • Robert PIGNARRE
  •  • 8 346 mots

Dans le chapitre « Du siècle des Lumières à l'ère industrielle »  : […] Dans toute l'Europe, le théâtre compte désormais parmi les lieux d'élection où se célèbrent les rites de l'esprit de société. Néanmoins, en ce temps où le mouvement des idées commande l'évolution conjuguée des mœurs et des formes littéraires, la création dramatique reste en retrait par rapport, en particulier, à l'essor du roman. En France, le fait caractéristique est la décomposition de la tragéd […] Lire la suite

THÉÂTRE OCCIDENTAL - La scène

  • Écrit par 
  • Alfred SIMON
  •  • 10 030 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « La scène architecturée »  : […] Jusque-là, aucun changement radical n'est intervenu. Le décor des peintres résout le problème du décor illusionniste en niant la perspective et le volume en trompe l'œil. Il ne remet pas en question la scène frontale, et celle-ci ne doit sa liberté relative qu'aux couleurs. Quant à l'acteur, il se trouve intégré au décor, plutôt noyé dans le chatoiement des couleurs par son costume et son maquilla […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

André VEINSTEIN, « APPIA (A.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/adolphe-appia/