ACTION RATIONNELLE

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Le logique et le rationnel

La sociologie classique, du moins une partie de celle-ci, est très tôt attentive au versant rationnel de l'action humaine. Dans son Traité de sociologie générale (1916), Vilfredo Pareto propose de distinguer deux classes d'actions, les actions logiques et les actions non logiques. Les premières présentent une double caractéristique : leurs auteurs savent mobiliser des moyens adéquats au but visé ; le résultat obtenu est celui qui était initialement recherché. Ces actions correspondent à ce que nous nommons aujourd'hui des actions rationnelles. Selon Pareto entrent dans ce cadre de multiples travaux artistiques et scientifiques, un certain nombre d'opérations militaires, politiques et juridiques, ou encore les pratiques étudiées par les économistes.

Les formes d'actions qui échappent au double critère énoncé précédemment sont non logiques. Pour nombre d'entre elles, le moteur est d'ordre sentimental ou subconscient. D'autres sont le produit de l'ignorance de l'expérience et conduisent par exemple à se persuader contre l'évidence que si un homme boit, sa fille ne pourra pas allaiter. Toutes les actions non logiques ne sont pourtant pas illogiques. Certaines procèdent d'un raisonnement et d'une mobilisation de moyens. Mais le but subjectif peut différer radicalement des conséquences objectives que l'on peut anticiper : il en va ainsi, note Pareto, de la guérison par la prière, en laquelle de si nombreuses personnes croient toujours.

Dans Économie et société (1922), Max Weber propose une typologie de l'action sociale quelque peu différente mais qui accorde elle aussi une place de choix à la rationalité. À côté des actions relevant de l'affect (déterminées par l'émotion, la passion ou encore les sentiments) et des actions traditionnelles (gouvernées par la coutume), Weber recense deux formes d'action rationnelle. La première est rationnelle en valeur (Wertrational). Elle est le fait d'individus qui agissent au nom de convictions religieuses, esthétiques, politiques... sans tenir compte des conséquences prévisibles de leurs actes. La seconde est rationnelle en finalité (Zweckrational). La définition est extrêmement exigeante. Agit en effet de façon rationnelle en finalité celui qui oriente son action en considérant les moyens, les fins et les conséquences de cette dernière. Il s'agit plus exactement d'adapter rationnellement les moyens aux fins désirées, de confronter les diverses fins possibles entre elles et de lier la fin retenue aux conséquences subsidiaires associées à la réalisation du but visé.

Ce dernier registre a été abondamment exploré par les économistes qui en ont même fait, pour certains d'entre eux, le parangon de toute action relevant de leur domaine de spécialité. L'approche néoclassique, qui s'impose à partir des années 1870, fournit les bases d'une telle modélisation de l'action dont l'intelligence est fondée sur le principe de rationalité instrumentale (rationalité en finalité dans la terminologie wébérienne).

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Écrit par :

  • : professeur de sociologie au Conservatoire national des arts et métiers

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Pour citer l’article

Michel LALLEMENT, « ACTION RATIONNELLE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/action-rationnelle/