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ACTION RATIONNELLE

Les théories sociologiques ne convergent pas, loin s'en faut, lorsqu'il est question de rendre intelligibles les comportements individuels. D'inspiration psychologique, certaines estiment que les hommes demeurent avant tout les jouets de leurs passions. Dans un registre tout différent, d'autres analysent les pratiques comme la simple actualisation des structures sociales dont les individus seraient les produits.

Les théories de l'action rationnelle s'opposent radicalement à ces façons de voir et de penser. À l'inverse des points de vue précédents, elles font le pari que l'homme est un être capable d'agir avec raison et discernement, souvent au mieux de ses intérêts. Ce postulat élémentaire, que n'ignoraient pas les pères fondateurs de la sociologie, a donné naissance à plusieurs interprétations concurrentes.

La théorie la plus radicale, parce que la plus imprégnée d'utilitarisme, prend au sérieux l'aptitude individuelle à comparer les coûts et les avantages de toutes les actions, y compris celles qui peuvent paraître a priori les plus irrationnelles. Une deuxième théorie invite à prendre en considération le rôle des convictions dans les décisions individuelles. Enfin, une troisième marie de façon originale rationalité et conventions sociales.

Le logique et le rationnel

La sociologie classique, du moins une partie de celle-ci, est très tôt attentive au versant rationnel de l'action humaine. Dans son Traité de sociologie générale (1916), Vilfredo Pareto propose de distinguer deux classes d'actions, les actions logiques et les actions non logiques. Les premières présentent une double caractéristique : leurs auteurs savent mobiliser des moyens adéquats au but visé ; le résultat obtenu est celui qui était initialement recherché. Ces actions correspondent à ce que nous nommons aujourd'hui des actions rationnelles. Selon Pareto entrent dans ce cadre de multiples travaux artistiques et scientifiques, un certain nombre d'opérations militaires, politiques et juridiques, ou encore les pratiques étudiées par les économistes.

Les formes d'actions qui échappent au double critère énoncé précédemment sont non logiques. Pour nombre d'entre elles, le moteur est d'ordre sentimental ou subconscient. D'autres sont le produit de l'ignorance de l'expérience et conduisent par exemple à se persuader contre l'évidence que si un homme boit, sa fille ne pourra pas allaiter. Toutes les actions non logiques ne sont pourtant pas illogiques. Certaines procèdent d'un raisonnement et d'une mobilisation de moyens. Mais le but subjectif peut différer radicalement des conséquences objectives que l'on peut anticiper : il en va ainsi, note Pareto, de la guérison par la prière, en laquelle de si nombreuses personnes croient toujours.

Dans Économie et société (1922), Max Weber propose une typologie de l'action sociale quelque peu différente mais qui accorde elle aussi une place de choix à la rationalité. À côté des actions relevant de l'affect (déterminées par l'émotion, la passion ou encore les sentiments) et des actions traditionnelles (gouvernées par la coutume), Weber recense deux formes d'action rationnelle. La première est rationnelle en valeur (Wertrational). Elle est le fait d'individus qui agissent au nom de convictions religieuses, esthétiques, politiques... sans tenir compte des conséquences prévisibles de leurs actes. La seconde est rationnelle en finalité (Zweckrational). La définition est extrêmement exigeante. Agit en effet de façon rationnelle en finalité celui qui oriente son action en considérant les moyens, les fins et les conséquences de cette dernière. Il s'agit plus exactement d'adapter rationnellement les moyens aux fins désirées, de confronter les diverses fins possibles entre elles et de lier la fin retenue[...]

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Écrit par

  • : professeur de sociologie au Conservatoire national des arts et métiers

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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