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ACADÉMISME

Les réformes du XIXe siècle

<it>Halte dans une auberge</it>, J.-L. E. Meissonier

Halte dans une auberge, J.-L. E. Meissonier

Les doctrines d'individualisme et de liberté personnelle bouleversèrent l'absolutisme politique longtemps avant qu'elles ne produisissent un changement dans les académies. Ces « philosophes » de la fin du xviiie siècle, en attaquant la thèse selon laquelle génie et art pouvaient être soumis à des lois, avaient tourné en dérision les académies ; mais les artistes de l'époque semblaient heureux au sein de ce système. Il fallut attendre la remontée de l'idéalisme académique avec le mouvement réaliste au milieu du xixe siècle, pour que des artistes se rebellent. Après une certaine résistance, les académies acceptèrent le réalisme, mais dans un style objectif plutôt que subjectif. Pour les professeurs du réalisme académique du milieu du siècle, le réalisme entrait dans l'exécution, non pas dans la conception d'une peinture : ils ne dressaient pas leur chevalet devant la nature pour se mettre ensuite au travail, mais commençaient avec une idée, puis travaillaient d'après la nature, avec seulement plus de précision qu'auparavant. Les études de mouvement et d'anatomie de chevaux par Gérome, Meissonier et Thomas Eakins sont bien connues. Leurs tableaux historiques devinrent presque surchargés d'une précision qui, parfois, rendait l'ensemble insignifiant ou anecdotique. Progressivement, ces artistes s'intéressent de plus en plus à ce qu'ils voient et moins à ce qu'ils imaginent. Poursuivant un renouveau de l'iconographie profane de la Hollande du xviie siècle, ils produisirent, dans la lancée de Daumier, un style d'une grande chaleur et précis dans divers genres : scènes, bains, chasse et sports, vie sociale en public et au foyer. Les thèmes qu'ils développèrent devinrent des modèles pour la peinture de genre et la figure. L'objectivité de méthode et de vision, la perfection de la technique firent sortir de bons professeurs de ce groupe d'académiciens dans la seconde moitié du siècle ; ils sont tous célèbres pour la variété des styles qui se développèrent parmi leurs étudiants, car la plupart des chefs d'école du début du xxe siècle venaient de leurs académies : Picasso, Braque, Matisse, Léger, Kandinsky, Marc, Nolde, Beckmann, Klee, de Chirico, Mondrian, Dali, même la doctrine de l'expression personnelle semble avoir été enseignée pour la première fois par un académicien, Gustave Moreau.

Ce problème du réalisme était seulement l'un des problèmes que les académies eurent à considérer au xixe siècle. Vers 1800, le système des corporations avait complètement disparu, et au moment où les académies se trouvèrent remplies de gens qui ne voulaient pas être des artisans mais des « artistes », elles se trouvèrent aussi responsables de la formation totale de l'artiste, et non seulement du dessin. Dans toute l'Europe, les académies essayèrent de remplacer l'intimité du travail avec un artiste – dans le système d'apprentissage – par des cours dans lesquels des étudiants, déjà qualifiés, travaillaient un an ou plus sous la surveillance, ou même dans l'atelier, d'un professeur. Cette association étroite avec un artiste était souvent effacée par le grand nombre d'étudiants, et, pour la plupart d'entre eux, elle arrivait en tout cas trop tard dans leur développement. Au moment où on les encourageait à concevoir et à peindre des compositions tout seuls, ils étaient déjà trop attachés à des études individuelles de modèles. Les peintures historiques de la fin du xixe siècle ressemblent souvent à des combinaisons d'études de modèles. Ceux qui rompirent avec la routine académique ou l'abandonnèrent avant la fin des cours gardèrent les mêmes habitudes sinon les mêmes ambitions : les nus de Courbet et de Renoir ont presque toujours autant l'air d'œuvres[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Leon Battista Alberti

Leon Battista Alberti

<it>Halte dans une auberge</it>, J.-L. E. Meissonier

Halte dans une auberge, J.-L. E. Meissonier

Autres références

  • ACADÉMIES

    • Écrit par Nathalie HEINICH
    • 5 952 mots

    L'académie telle qu'elle se développe à partir du Quattrocento italien, dans le grand mouvement de retour à l'Antiquité qui caractérise la Renaissance, est inspirée du modèle grec de l'akademia (le jardin où enseignait Platon). Elle s'épanouit dans toute l'Europe à l'âge...

  • ANATOMIE ARTISTIQUE

    • Écrit par Jacques GUILLERME
    • 8 926 mots
    • 7 médias
    La doctrine académique va bientôt chercher ses modèles dans la statuaire antique, H. Testelin proclame en 1670, dans les débats de l'Académie de peinture et de sculpture, que « l'étude des belles figures antiques est très nécessaire dans le commencement et même plus avantageuse que le naturel » ; et...
  • ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Peinture

    • Écrit par Jacques CARRÉ, Barthélémy JOBERT
    • 8 176 mots
    • 12 médias
    La peinture victorienne, il faut en convenir, offre le plus souvent le spectacle de l'académisme le plus figé. Le réalisme minutieux de la plupart des peintres les plus appréciés à l'époque est mis au service d'un moralisme conventionnel ou d'un pittoresque de pacotille. Les panoramas bibliques de John...
  • ARCHITECTURE (Thèmes généraux) - L'architecte

    • Écrit par Florent CHAMPY, Carol HEITZ, Roland MARTIN, Raymonde MOULIN, Daniel RABREAU
    • 16 589 mots
    • 10 médias
    ...l'enseignement était artistique. Sur le caractère « routinisé » de cet enseignement, pour reprendre la terminologie de Max Weber, on a tout dit ou presque. L'École, prisonnière d'un académisme dans lequel l'idée du beau se réduit à un système de modèles et la pratique à un système de règles, s'est...
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