Depuis toujours, la construction en hauteur hante les hommes. À preuve les ziggourats, pyramides, cathédrales et autres beffrois qui revètent une dimension symbolique et cherchent à exprimer la puissance politique ou religieuse d'une époque.
Si Babel resta inachevée à la suite d'une intervention divine, à en croire le récit de la Genèse, le mythe d'une tour qui monte jusqu'aux cieux et abrite l'humanité toute entière demeure extrêmement présent. Les projets récurrents de villes verticales de plusieurs kilomètres de hauteur en témoignent. Au IVe millénaire av. J.-C., déjà, les architectes, qui ne disposent que de briques et de bitume, contournent les difficultés techniques pour construire en hauteur. Leurs ziggourats reposent sur des murs épais formant des terrasses reliées par des escaliers, puis par des rampes d'accès extérieures. En 2580 av. J.-C., le pharaon égyptien Chéops édifie la pyramide de Gizeh, qui s'élevait à 146 mètres (aujourd'hui, 137 m).
Quelques siècles plus tard, donjons, campaniles et clochers rivalisent de hauteur. Le pouvoir civil s'incarne dans les beffrois des hôtels de ville qui délimitent une identité géographique et politique. La tour del Mangia de Sienne, construite à partir de 1338, culmine à 102 mètres. Les flèches, tours et clochers des cathédrales et églises, expriment le pouvoir religieux et se lancent à l'assaut du ciel pour célébrer la gloire de Dieu avec des hauteurs de plus de 150 mètres. L'enjeu est d'aller le plus loin possible avec moins de matière. La mise en œuvre des arcs-boutants libère l'intérieur de l'édifice de nombreuses contraintes et laisse la lumière entrer largement. On retrouvera un dispositif voisin plusieurs siècles plus tard avec le mur-rideau et le contreventement extérieur des tours. Mais quels sont, aujourd'hui, les réelles significations et les rôles des tours de grande hauteur ?
1. La symbolique
• La naissance du gratte-ciel
C'est à la fin du xixe siècle que les constructions de grande hauteur quittent le domaine du sacré pour le profane. […]
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