Il y a toujours eu des murs-rideaux, c'est-à-dire des séparations non porteuses, au moins depuis les maisons japonaises et la cathédrale de Chartres (avec ses vitraux). Cependant la notion de mur-rideau telle qu'elle est employée actuellement signifie exclusivement : mur extérieur non porteur (la plupart du temps fixé comme une plaque à des poutres qu'il cache), dont la seule fonction est de protéger un espace du milieu extérieur. Ces murs-rideaux, souvent faits actuellement en verre (ils restent rideaux cependant, car le verre est teinté) et composés d'éléments modulaires répétés, sont devenus comme un tic de la modernité.
Le mur-rideau contemporain est annoncé au moins par les bâtiments à poutres d'acier de Le Baron Jenney, et par ceux de Perret en béton armé ; il est le produit du développement de l'industrie métallurgique, mais aussi de la production du verre et notamment de la croissance progressive de la solidité et de la grandeur de la surface des plaques de verre. Son but, essentiellement économique (finesse, pour une plus grande surface au sol, légèreté, pour une plus grande disponibilité de la construction en hauteur), allait être théorisé par Gropius (qui construit les usines Fagus à Alfeld-an-der-Leine en 1911 et le Bauhaus de Dessau en 1925-1926), par Le Corbusier (pavillon suisse de la Cité universitaire, Paris, 1930-1932) et par Jean Prouvé (maison du peuple de Clichy, 1937-1939) ; on sait quelle fortune le mur-rideau a connue aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, à la suite des constructions de Mies Van der Rohe.
Mais la fortune du mur-rideau est peut-être suspecte. Pour Gropius, Le Corbusier ou Prouvé, ce n'était pas un revêtement de façade destiné à cacher une structure (qui était bien visible, en transparence) et à donner une teinte de modernisme. S'il n'est pas un élément porteur, il joue un rôle et doit s'articuler à l'ensemble : on peut dire qu'il joue, comme du bois, et travaille s'il n'est pas partie intégrante de la construction (le […]
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