Une importante exposition du Conseil de l'Europe organisée en 1962 à Vienne (Autriche) fut consacrée au style gothique international. À cette occasion, on a tenté de mettre en lumière l'existence d'un style commun aux différents pays d'Europe occidentale et centrale, autour des années 1400. Il est certain que d'un point de vue purement historique, ces années marquent une rupture dans le Moyen Âge : le schisme de la papauté, la guerre de Cent Ans, l'ébranlement de l'autorité impériale, la tension sociale et la crise religieuse qui aboutira à la constitution d'Églises nationales sont les lézardes qui arriveront à faire écrouler l'étonnant édifice que fut la société féodale. Paradoxalement on voit apparaître dans le domaine artistique un style qui gagnera les couches les plus diverses et qui deviendra le patrimoine commun de l'Europe. Ce style est né de l'échange incessant des idées artistiques développées dans divers centres comme Paris, Dijon, Avignon, Sienne, Prague, et Cologne. Il est certain que le rôle nouveau des mécènes — des laïcs — est primordial puisqu'ils échangent des cadeaux, des idées et même des artistes. L'art civil prend alors le pas sur l'art religieux, même si celui-ci se ressent des innovations de celui-là. Le portrait fait une apparition remarquée et les objets d'orfèvrerie sont le moyen commode d'affirmer son luxe et sa richesse. De grandes demeures princières s'édifient où l'on voit apparaître la galerie, bien avant la Renaissance italienne ; les murs s'ouvrent largement sur l'extérieur pour recueillir la lumière au mépris de tout souci de défense. On réchauffe les murs avec des tapisseries qui empruntent leurs sujets aux romans courtois. Toutes ces œuvres, sans oublier la sculpture et la peinture, offrent les mêmes traits, elles révèlent un goût affirmé pour les courbes onctueuses, les recherches d'ombres nuancées et les couleurs délicates.
Alain ERLANDE-BRANDENBURG
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