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SOHRAWARDI ou SUHRAWARDI SHIHABODDIN YAHYA (1155-1191)

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4.  La sagesse orientale

Si l'imagination visionnaire a un tel rôle, il ne faut pourtant pas oublier que, pour Sohrawardī, l'événement de contemplation par excellence reste l'union de l'âme avec l'Intellect agent. Celui-ci est homologué à l'Esprit saint, à l'ange Gabriel. Un des plus beaux « récits mystiques », intitulé Le Bruissement de l'aile de Gabriel, nous offre peut-être l'explication de cette intériorisation de l'univers des Lumières, qui est la véritable connaissance orientale.

Sohrawardī met en scène le dialogue d'un shaykh et d'un disciple, qui n'est autre que lui-même ; c'est donc un récit d'expérience. Le sage explique que de la Face de Dieu émanent des verbes majeurs, selon un ordre hiérarchique. Ces « verbes » sont les lumières archangéliques primordiales. « Le dernier de ces verbes est Gabriel, et les esprits humains émanent de ce verbe ultime. » Déjà les avicenniens, après les commentateurs d'Aristote, pensaient que la dixième Intelligence avait pour effet d'éclairer l'intellect humain, de le faire passer de la puissance à l'acte. C'est par là que la connaissance des formes détachées de toute matière était possible. Sohrawardī radicalise cette doctrine, en métamorphosant les Intelligences : verbes divins, elles ne sont pas, par essence, différentes du verbe inférieur qu'est l'intellect humain. L'illumination est la révélation de cette identité voilée par notre vie matérielle : « Quant aux humains, ils sont une seule et même espèce. Celui qui a l'esprit est, eo ipso, verbe, ou, mieux dit, ces deux noms ne désignent qu'une seule et même réalité et essence. » Sohrawardī invoque la Tōrah, comme le Coran, pour montrer que l'ensemble de l'univers créé est un ensemble de verbes et d'esprits, « qu'enflamme l'ardent désir » et nés de la lumière de Dieu. Les verbes médians sont les anges des sphères célestes, qui tiennent donc le milieu entre le monde des Intelligences et celui des âmes humaines.

Cette gradation continue n'efface pas, cependant, la dualitude foncière […]

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