3. Vers la société salariale
Au tournant du siècle, l'émergence progressive de la production de masse a fait voler en éclats ce modèle concurrentiel. Aux États-Unis et en Allemagne, les grandes unités industrielles rationalisent la production : Taylor puis Ford comprennent que, pour produire moins cher, c'est la grande série qui est la clé, bien plus que la compression des salaires. Les gains de productivité permettent d'augmenter l'offre. Encore faut-il que la demande suive. Or ce n'est pas toujours le cas : le mode de fixation des salaires ne s'adapte qu'imparfaitement à cette nouvelle donne industrielle, et les gains de productivité se transforment plus en profits qu'en salaires, ce qui ne permet pas d'alimenter une demande de masse à la hauteur de la production de masse. Taylor, pourtant, avait préconisé, dès la fin du xixe siècle, des formes de rémunération incitatrices – salaire au rendement complété par des primes croissant rapidement avec les gains de productivité – qui, si elles avaient été appliquées, auraient sans doute permis de faire évoluer la demande au rythme des changements affectant l'offre. Mais, si les « méthodes Taylor » rencontrèrent un grand succès en ce qui concerne l'organisation de la production, les préconisations salariales qui allaient de pair furent délaissées. De même, lorsque, en 1917, Henry Ford inventa le convoyeur (la « chaîne »), qui permit de fantastiques gains de productivité, il l'accompagna d'une politique salariale aboutissant à un doublement des salaires ouvriers. Mais, faute d'être imité par les autres employeurs, il dut s'aligner sur la norme commune dès le début des années 1930.
Cet écart, entre un potentiel d'offre largement croissant et une demande bornée par le rythme d'augmentation des salaires, est devenu une source de déséquilibre d'autant plus considérable que, après la Première Guerre mondiale, le salariat est désormais largement majoritaire dans la population active : en France – qui n'est pas le pays le plus avancé d […]
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