4. L'âge d'or du salariat
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la donne, une nouvelle fois, a changé. Les idées de Keynes tiennent le haut du pavé : le capitalisme a besoin, pour fonctionner, d'une demande forte et régulière, ce qui implique une intervention de l'État. En matière salariale, cela se traduit par une double mutation. D'une part, l'instauration de mécanismes de protection sociale qui aboutissent à faire financer par les entreprises (directement ou par le biais de l'impôt) des revenus sociaux en sus des salaires directs. D'autre part, la fixation d'une sorte de norme salariale minimale, par la loi (c'est le salaire minimum), par le contrat (généralisation des conventions collectives, incitation à la recherche d'accords interprofessionnels, comme ceux qui concernent l'indemnisation du chômage par exemple) ou par la stimulation (rôle pilote des entreprises publiques). Le « modèle fordiste » désormais triomphe. L'ensemble de ces règles, dont une partie transite par des mécanismes de marché et une autre partie par la contrainte légale, aboutit à ce que, dans l'ensemble, la masse salariale évolue à peu près au rythme des gains de productivité. La demande progresse donc à l'allure du changement technique, et le pouvoir d'achat des salariés s'élève sensiblement. Contrairement à ce qui s'était passé durant l'avant-guerre, l'offre n'est donc pas bornée par les débouchés mais seulement par le rythme du changement technique.
On peut qualifier cette période – 1950-1975 – d'âge d'or du salariat. Certes, cela ne va pas sans quelques inconvénients. En particulier, si les branches à forts gains de productivité peuvent se permettre d'augmenter sensiblement les salaires (et les avantages sociaux) de leur personnel, il n'en va pas de même pour les branches à faibles gains de productivité (la fonction publique, les services marchands aux personnes, etc.). On pourrait, bien sûr, jouer le jeu du marché et accepter des dynamiques salariales très différentes selon les branches, c […]
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