5. Fissures, fractures et dispersion
Même parcourue de tensions, de conflits et d'inégalités fortes, la société salariale était une réalité porteuse d'espoirs de changements positifs pour la grande majorité. Ce n'est plus le cas aujourd'hui : la société salariale est en pleine crise. Il s'agit non seulement d'une crise économique, mais d'une crise d'identité, d'une crise morale pourrait-on dire. Certes, le ralentissement de la croissance économique enregistré depuis 1975 a précipité les choses. Pourtant, il convient de ne rien exagérer : le produit intérieur brut, en Europe comme ailleurs, a poursuivi son ascension, à un rythme moyen un peu supérieur à 2 p. 100 par an, si bien que, en 1995, le volume de la production avait augmenté des deux tiers. Nos sociétés sont plus riches matériellement, mais elles ont perdu la foi dans la croissance. Celle-ci ne parvient plus à intégrer dans le salariat tous ceux qui frappent à ses portes.
• Les phénomènes d'exclusion
Cela se traduit, bien entendu, par la montée d'un chômage que rien ne semble parvenir à endiguer, surtout en Europe, inquiétant par le nombre de personnes qu'il touche et par sa durée : la moitié des chômeurs environ connaissent cette situation depuis au moins un an, ce qui rend des plus aléatoires leur éventuelle réinsertion sur le marché du travail. En effet, pour les employeurs potentiels, le chômage de longue durée est un indicateur d'inemployabilité : le fait de n'avoir pu trouver d'emploi depuis longtemps induit une suspicion sur les qualités intrinsèques du demandeur d'emploi. Dans une situation marquée par l'asymétrie d'information – l'employeur ne connaît pas a priori les capacités de l'individu qui postule un emploi –, il convient de réduire le risque de commettre une erreur d'embauche. Et cela passe par une sélection qui écarte les candidats « à risque » : chômeurs de longue durée, jeunes sans expérience, personnes non diplômées, etc.
Ainsi, sur un marché marqué par la pénurie des offres d'emplois, le chômage n […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 13 pages…



