Né en Allemagne, à Wuppertal, Rudolf Carnap appartient à la fois à la philosophie germanique et à la philosophie anglo-saxone, le nazisme l'ayant amené, en 1935, à partir pour les États-Unis. Il fut, avec M. Schlick et Otto Neurath, un des chefs de file du Cercle de Vienne. Après la dispersion de celui-ci, il libéralisa progressivement ses thèses initiales. Il a traité des problèmes principaux de l'épistémologie de la mathématique et des sciences exactes. Dans son célèbre livre intitulé Der logische Aufbau der Welt (La Construction logique du monde), il a tenté d'exécuter le programme du phénoménalisme : reconstruire le monde à partir d'une seule relation donnée dans l'expérience immédiate. Son intérêt pour le langage des sciences et la philosophie a fait de lui l'un des initiateurs du « tournant linguistique » en philosophie.
1. La construction logique du monde et les travaux issus du Cercle
Après ses études de mathématique, de physique et de philosophie à Fribourg et à Iéna – il fut l'un des très rares auditeurs de Frege –, Carnap obtint le titre de docteur avec une thèse intitulée L'Espace : une contribution à la théorie de la science (1921). Sur l'initiative de H. Hahn et M. Schlick, il devint, en 1926, Privatdozent à l'université de Vienne et participa aux discussions du Cercle de Vienne. Le Cercle se fit connaître en 1929 avec un Manifeste qui, signé par Carnap, Hahn et Neurath (Feigl y participa aussi), développait les grandes thèses du mouvement de la « conception scientifique du monde ». Mais, déjà un an plus tôt, Carnap avait publié Der logische Aufbau der Welt.
Par cet ouvrage très ambitieux, Carnap, bien qu'il se situe dans le prolongement de Mach et de Russell, ne veut pas simplement ajouter de nouveaux arguments au projet d'une réduction phénoménaliste, mais « entreprendre pour la première fois la construction effective d'un système conceptuel de cette espèce ». Il entend donc réduire les concepts de tous les domaines à un nombre minimal d'éléments de base. Il distingue quatr […]
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