2. La philosophie comme syntaxe et comme sémantique
Durant sa période praguoise (1931-1935) et dans le prolongement de l'étude du langage de la métaphysique, Carnap avait entrepris un grand travail sur La Syntaxe logique du langage (1934), dans lequel il systématise les méthodes formelles utilisées dans la recherche des fondements en mathématique (Hilbert, Brouwer, l'école polonaise) et où il formule son principe de tolérance de la syntaxe : « En logique, il n'y a pas de morale ; chacun peut construire sa forme de langage comme il l'entend. » Carnap construit essentiellement deux langues : la langue I est censée répondre aux exigences des intuitionnistes et des constructivistes ; la langue II permet d'exprimer la mathématique classique et même la physique. Il distingue la langue-objet de la métalangue, montre qu'une langue se construit à l'aide de règles de formation et de règles de transformation, qui forment sa syntaxe, définit un certain nombre de concepts fondamentaux (par exemple « dérivable », « démonstration », « réfutable ») et donne des règles pour la conséquence entendue comme une relation syntaxique.
Dans le même ouvrage, il introduit sa célèbre distinction entre le mode matériel et le mode formel du discours. La science comporte deux classes d'énoncés : les énoncés d'objet (par exemple « cinq est un nombre premier ») et les énoncés syntaxiques (en mode formel, « cinq n'est pas un terme d'objet, mais un terme numérique »). Or, il existe une classe intermédiaire, les énoncés quasi syntaxiques en mode matériel ; ce sont les énoncés syntaxiques déguisés en énoncés d'objet (par exemple, « cinq n'est pas une chose, mais un nombre »). L'usage matériel du discours n'est pas condamnable lorsqu'un tel énoncé peut être traduit en mode formel. Ainsi, la deuxième assertion du Tractatus de Wittgenstein, « Le monde est la totalité des faits, non des choses », deviendra : « La science est un système d'énoncés, non de noms. » L'usage matériel est cependant dangereux, car les confusions philo […]
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