9. L'été indien (1939-1949)
La réponse apportée par Strauss quant à la primauté de la musique ou du texte est – on l'aurait juré ! – syncrétique : les deux sont également importants. De fait, Strauss est certainement un des auteurs d'opéra qui accorde le plus d'attention à ses livrets, auxquels il ne manquait pas de collaborer avec un instinct infaillible de la scène.
À la sortie de la guerre, le musicien qu'on croyait plus ou moins épuisé, et dont on parlait comme d'un vieillard envers lequel il convenait d'être indulgent, connaît un étonnant retour de l'inspiration. À quatre-vingts ans, il va entamer la dernière étape de sa carrière, en allant diriger à Londres, à l'invitation de Thomas Beecham, mais, surtout, il va composer une série de partitions, dont trois chefs-d'œuvre : le Deuxième Concerto pour cor, plus automnal et serein que le premier, de 1882, les Métamorphoses, superbe élégie pour vingt-trois instruments à cordes solistes, où se mêlent l'hommage à Beethoven, la gravité du contrepoint et une nostalgie toute brucknérienne envers sa ville de Munich, et enfin les Quatre Derniers Lieder, pour soprano et orchestre, où s'exprime comme la quintessence de l'art straussien de faire chanter une voix de femme et résonner un orchestre. Richard Strauss meurt à Garmisch le 8 septembre 1949.
Ainsi se clôt cette vie si remplie, qui l'aura fait passer par des âges, des styles, des manières si différents. 1948 : les Quatre Derniers Lieder sont contemporains d'une œuvre comme la Deuxième Sonate de Boulez ! Deux mondes différents certes : l'un appartient au xxe siècle, l'autre n'en est plus. Mais, au tribunal de la beauté, les privilèges chronologiques seront finalement de peu de poids.
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