Karl Böhm fut l'ultime représentant des chefs d'orchestre autrichiens et allemands qui avaient connu les derniers compositeurs postromantiques ainsi que les créateurs des chefs-d'œuvre de Brahms et de Wagner. Avec lui a disparu une conception de l'interprétation transmise de maître à disciple, dans le respect d'une tradition vivante.
Au cours de sa carrière, ses interprétations ont peu évolué ; elles se sont approfondies et constituent un témoignage irremplaçable d'un certain style de direction d'orchestre hérité du postromantisme. Ses enregistrements de l'œuvre de Richard Strauss comptent parmi les plus authentiques en raison des liens étroits qui unissaient les deux hommes.
1. Le parti de la musique
Karl Böhm voit le jour à Graz le 28 août 1894, dans une famille de juristes dont l'idole se nomme Richard Wagner. Il travaille au Conservatoire de sa ville natale, où il étudie le piano, puis à Vienne, avec Eusebius Mandyczewski, l'ami fidèle de Brahms, qui l'initie à la théorie. Après un séjour de deux ans dans l'armée, au début de la Première Guerre mondiale, il est réformé et, en 1916, devient répétiteur au théâtre municipal de Graz, où il fait ses débuts de chef lyrique le 17 octobre 1917, dans Der Trompeter von Säkkingen de Viktor Nessler. Il y est nommé deuxième chef en 1919 et premier chef en 1920 ; il effectue en même temps des études juridiques, sanctionnées en 1919 par un doctorat.
En 1921, Bruno Walter lui offre une place de troisième chef à l'Opéra de Munich. Böhm découvre de nouvelles conditions de travail dans l'un des plus grands théâtres de l'époque. Walter l'initie à l'art mozartien et éveille en lui une véritable passion. Un an plus tard, Walter est remplacé par Hans Knappertsbusch, que Mozart intéresse peu ; Böhm obtient de diriger ses opéras. À la même époque, il a son premier contact avec la musique de Richard Strauss, qui jouera un rôle déterminant au cours de sa carrière ; il dirige Ariane à Naxos en 1923 et Le Chevalier à la rose en 1925. Le répertoire du jeune chef d'orchestre est très ouvert : il […]
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