La voix de la soprano suisse Lisa Della Casa (qui voit le jour à Burgdorf, près de Berne, le 2 février 1919), née pour Mozart et pour Richard Strauss, a pu être soupçonnée de froideur, quand la pureté instrumentale de sa ligne n'était que pudeur expressive offerte aux seules âmes sensibles. Pour Erich Kleiber ou Wilhelm Furtwängler, elle fut Donna Elvira aussi bien que Donna Anna (Don Giovanni) ou Fiordiligi (Così fan tutte), cette dernière rayonnante et naturellement aristocratique. Sa Comtesse des Noces de Figaro savait souffrir avec pudeur, vouloir avec fermeté, aimer enfin, sans la moindre affectation vocale ou musicale. L'état de grâce mozartien. Pour Strauss, elle se coula successivement dans chacun des trois emplois féminins du Chevalier à la rose (Sophie, Octavian, la Maréchale), dans les rôles éponymes d'Ariane à Naxos et, surtout, d'Arabella, œuvre à laquelle son nom reste à jamais attaché. Un souffle ductile, une féminité sans apprêt, un souci de la discipline d'ensemble plus que de l'éclat individuel la caractérisent. « Arabellissima » ou « Bella Casa » : les surnoms dont la gratifiaient ses admirateurs résument avec pertinence la beauté de la femme et le charme de l'artiste.
Jean CABOURG
Retour en haut



