8. Entre Garmisch et le monde entier (1924-1939)
Délivré de tout poste permanent, mais invité partout, Strauss ne cesse d'aller et venir entre sa villa des Alpes bavaroises et les différentes capitales allemandes et européennes. Ses ouvrages lyriques continuent d'être composés et représentés. Hélène d'Égypte, sur un livret remarquable d'Hofmannsthal, pour une partition qui tire vers la convention, et Intermezzo en sont les deux titres principaux. Pour cette dernière pièce, Strauss a abandonné un temps son librettiste habituel pour écrire lui-même le livret d'une « pochade » où, dans la veine de la Sinfonia domestica, il met lui-même en scène un épisode de sa vie conjugale. L'œuvre, amusante, bien écrite, enlevée, n'est pas loin d'être du meilleur Strauss – n'était-ce la minceur du propos !
Avec Arabella, Strauss retrouve Hofmannsthal... et Vienne, pour une comédie amère sur la décomposition d'un monde – la bourgeoisie viennoise au milieu du xixe siècle. L'œuvre abonde en pages splendides (deux duos) et en séquences assez banales. La mort brutale de Hofmannsthal en 1929 met fin à une collaboration exemplaire, où l'homme de théâtre n'est peut-être pas celui qu'on pense, mais où la finesse et l'intelligence sensible du poète complétaient bien le réalisme poétique du musicien. Après cette disparition, Strauss ne cessera de déplorer le manque de librettiste. Il semblait avoir trouvé un écrivain à sa convenance en la personne de Stefan Zweig (Viennois, habile traiteur d'une matière qui n'est pas la sienne, et homme de véritable et belle culture, bref, toutes les qualités d'un bon librettiste), qui lui donna le livret de La Femme silencieuse (1935), lorsque les événements politiques, que Strauss eût bien voulu ignorer, mirent fin à une collaboration heureuse : Zweig était juif, et il dut s'exiler – avant de se suicider en Amérique latine en 1942.
Les « événements » de 1933 trouvèrent un Strauss qui n'avait en fait ni sympathie ni antipathie pour le régime, plutôt de l'antipathie d'ailleurs à cause de ses rapides excès culturels, mais dont le profond égoïsme allait le mener à ce qu'on a pu à juste titre […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 5 pages…



